Le planning du Conseil fédéral l’a confirmé mercredi: nous ne sommes pas près d’aller secouer nos pattes dans des salles moites de monde. Mais pas de quoi décourager l’Electron. Le festival pluridisciplinaire des cultures électroniques de Genève scinde son édition 2021 en quatre volets égrenés au fil de l’année, avec des événements intimistes en juin, des concerts en août et, si tout va bien, des soirées clubbing en novembre.

Dans l’attente des murs secoués par les basses, le festival investit ceux du Commun, espace d’exposition rue des Bains. «En juin dernier, nous avions demandé à cinq photographes de capter l’euphorie de la réouverture», explique Emmanuelle Dorsaz, codirectrice du festival. Une euphorie qui ne durera finalement… que trois semaines, avant que les clubs ne coupent le son. Dans l’objectif des artistes, la liesse laisse place à l’absence, au vide.

Temples déserts

Celui qui envahit les hauts lieux de la nuit, étrangement déserts sur les photos d’Esther Fayant – un canapé au milieu des feuilles mortes au Motel Campo, une table abandonnée avec verres et bouteilles aux airs de Cène du XXIe siècle.

L’occasion aussi de mettre en lumière les gardiens de ces temples plongés dans le noir. En plongeant dans l’écosystème du live zurichois, Anna Tia-Buss a fait poser un barman, des musiciennes (dont la rockeuse Nadja Zela) ou le technicien du son sur leur lieu de travail, «assis, pour véhiculer l’esprit de l’attente», explique la photographe. Des portraits grandeur nature saisissants, accompagnés de citations disant l’espoir comme la lassitude.

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Mais la musique vit derrière les portes closes, comme en témoigne la série Constat de Laurent Guiraud: un DJ dans son salon réaménagé en studio, des percussionnistes réunis en comité réduit, la créativité que la pandémie stimule aussi – il faut voir le chanteur Christophe Balleys, juché en costume de scène sur les fontaines de Carouge…

Si les visages d’artistes s’affichent en mode argentique chez Mehdi Benkler, ils s’inviteront en chair et en os au Parloir, grande paroi transparente permettant aux visiteurs d’échanger quotidiennement avec deux personnalités culturelles. Vos jambes ne fourmillent pas encore à l’idée de retourner danser? Elles vous démangeront devant les vidéos de Rebecca Bowring, lumières festives clignotant au ralenti, «comme un cœur qui continue de battre».


«L’exposition qui n’aura peut-être pas lieu», Le Commun, rue des Bains 34, Genève, jusqu’au 2 mai, ma-di 11-18h, entrée libre.


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