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Extrait du documentaire «A voix haute». 
© Copyright Mars Films

Editorial

L’éloquence, ce sport de combat

EDITORIAL. L’art de Cicéron n’est pas un théâtre d’esbroufe. C’est une école de la liberté, à laquelle aspire aujourd’hui une nouvelle génération qui n’a pas grandi dans la soie et qui tend à se réaliser en prenant la parole

Parler en public, ne pas bafouiller, convaincre son auditoire: du 9 au 13 juillet, «Le Temps» explore les arcanes de l'art oratoire et de la rhétorique.

Tous les épisodes de la série:

L’éloquence est un capital, une discipline intellectuelle et sportive. Ce n’est pas Me Dupond-Moretti, ce puncheur du barreau, qui l’affirme, mais le Français Oussama Hezhaz, 30 ans, coordinateur des «Déterminés». Sous ce nom, des jeunes issus de quartiers dits sinistrés apprennent le métier d’entreprendre, grâce au soutien du patronat français.

Ces ambitieux, qui n’ont pas grandi dans la soie, Le Temps les a rencontrés pour la série «Secrets de rhétorique». Ils aspirent à devenir chefs d’entreprise. Pour cela, ils suivent l’atelier de Bertrand Périer, avocat qui s’est fixé comme mission de transmettre le flambeau de Cicéron à ceux qui n’auraient jamais imaginé qu’il leur était aussi destiné. Symbole: dans le documentaire A voix haute, le même Bertrand Périer forme des garçons et des filles de Saint-Denis, ville où les Bossuet sont a priori plutôt rares. Peut-on mieux souligner que la rhétorique, cet art de convaincre, n’est plus l’apanage des vernis et des puissants, mais qu’elle se démocratise, sous la pression sociale et politique?

Qui a dit alors que la flamme de Gorgias le sophiste, de Démosthène, ce grand bègue qui ruminait ses discours des cailloux dans la bouche, de Cicéron, cet aigle des Rostres romains, ne brûlait que dans des cénacles lettrés? En Suisse romande, les concours foisonnent, à l’initiative des facultés et des professionnels du prétoire. A Lausanne, par exemple, Danielle Van Mal-Maeder, professeur de latin à l’université, réactualise les préceptes de Cicéron et de Quintilien. Des étudiants, de plus en plus nombreux, joutent, en français, histoire de développer pas seulement leur talent de rhéteur mais d’assimiler un esprit, une méthode pour vivifier la pensée, la rendre plus joueuse.

Car l’enjeu est là: bien parler, c’est contribuer à la libido de la démocratie, cette bataille des opinions. C’est aussi s’armer pour que les mots deviennent les choses qu’on porte en soi, un projet, une entreprise, une ambition secrète. Auteur de La parole est un sport de combat, Bertrand Périer n’affirme pas autre chose: on ne naît pas Cicéron, même si on a du charisme, on le devient en s’obligeant à un entraînement, en assimilant les règles d’un jeu complexe comme Gorgias et Démosthène en leur temps.

La rhétorique n’est pas un théâtre d’esbroufe. C’est une école de la liberté. Une maïeutique aussi, comme le disait le pénaliste français Thierry Lévy, à même de domestiquer le cri que chacun abrite dans sa crypte, «cette volonté de crier qui me semble être ce qu’il y a de plus pur dans l’âme humaine». L’éloquence est un art martial avec ses prises et ses figures répertoriées. Bien maîtrisée, elle exprime le meilleur de l’être, c’est-à-dire sa vérité dans le feu de l’instant.

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