Léman Bleu, c’est un quart de siècle d’actualité, de débats, de politique et de sport. Mais pas que… Pour souffler ses 25 bougies, la télévision du bout du lac a décidé de mettre en avant la culture avec une semaine entière de concerts. Programmation locale, performances dans les locaux du Cube – pôle audiovisuel genevois – et captation maison, le tout en offrant chaque soir carte blanche aux artistes accueillis. Lundi dernier, c’est Bandit Voyage et sa pop ébouriffée qui a ouvert le bal, guitares, saxos et vieux amplis sous le bras. Place les jours suivants à Polar, Danitsa, Marc Perrenoud ou encore au jeune collectif Les Attitudes, tous accompagnés de divers invités.

Tout ce beau monde a envahi le grand studio habituellement réservé aux virulents débats politiques. Dans une atmosphère moins sérieuse, les lieux se transforment en bouillonnante salle de concert, accueillant tant du rap et de la pop que du jazz ou du reggae, le tout dans une ambiance intimiste, à mi-chemin entre le showcase, le boiler room et la performance unplugged.

Entre live et retransmission

Une chaîne de télévision régionale qui se transforme en programmateur de concerts, ce n’est pas anodin. La ville de Genève a voté un budget de 4 millions pour la culture, avec une part des subventions covid réservée aux médias. Il n’en fallait pas moins pour que le patron de Léman Bleu, Laurent Keller, ne propose un projet faisant office de gâteau d’anniversaire musical géant pour la population genevoise. Plusieurs idées ont été soumises à la ville, notamment des concerts dans des lieux insolites – mais pourquoi ne pas rester dans les locaux colorés de la route des Jeunes. C’est donc à la maison que la fête est finalement prévue: «Pendant la période du covid, nous avons tous vécu de nombreuses captations de concerts, souvent sans public. On a pu avoir un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler la culture de demain, où le numérique joue un rôle prépondérant. Avec ce projet, nous avons voulu nous essayer à ce changement de paradigme tout en offrant un moment fédérateur à la population», raconte Michel Thorimbert, réalisateur et producteur culturel à Léman Bleu. Une première pour la plus genevoise des télévisions. Et surtout un gros défi pour les équipes: «Le projet a été validé début octobre. Nous avons eu moins de deux mois pour tout mettre en place, de la programmation à l’installation du studio.»

Un concept encore timide en Suisse

La programmation fait la part belle aux artistes genevois, avec quelques têtes d’affiche mais aussi des musiciens émergents. Léman Bleu Concerts se veut une grande fête, mais Michel Thorimbert rappelle également la vocation culturelle première de la chaîne: «On reste à l’affût de la relève. On a certes programmé certains artistes déjà bien implantés dans le paysage musical local, voire international, mais on est aussi là pour dénicher de nouveaux talents, en offrant un peu de visibilité à des musiciens qui percent doucement.»

Pour Alex Merlin, guitariste et chanteur du groupe Cold Bath, c’est aussi une formidable façon de réinvestir la télévision helvétique, qu’il trouve assez pauvre musicalement parlant: «Aux Etats-Unis et en Angleterre, ce genre de format existe depuis de nombreuses années. En Suisse, nous n’avons pas une vraie culture de la musique live à la télévision. Alors quand on m’a appelé pour me proposer carte blanche durant toute une soirée, j’ai sauté sur l’occasion! Surtout qu’en plus de cela, on nous offre un vrai budget pour créer une performance intéressante. J’ai invité plein d’artistes que j’aime pour un mix de concert et de talk-show.»

Un vrai plus pour les artistes

La captation professionnelle réalisée par la chaîne est également un vrai plus pour les artistes, qui peuvent ensuite repartir avec une vidéo de leur concert live sous le bras: «En Suisse, si tu veux une bonne captation live, tu dois te débrouiller pour la faire tout seul et ça peut coûter cher. Et pour nous, musiciens, ça nous fait une excellente carte de visite. C’est facile de partager sa musique en streaming sur les réseaux, mais le direct permet de montrer ce que tu es vraiment capable de faire sur scène, il y a une aura, une corporalité en plus», illustre Alex Merlin.

Un studio avec de multiples caméras aux murs et au plafond, une steady cam, une retransmission télévisée, le dispositif peut presque être intimidant pour des artistes suisses qui n’ont pas forcément l’habitude d’avoir autant d’yeux numériques braqués sur eux. «Dès que j’ai une caméra ou un iPhone devant moi, j’ai de la peine à être moi-même. Cet événement, c’est un vrai challenge pour moi, glisse Danitsa, qui joue avec son label Evidence Music. Mais beaucoup de gens ont prévu de venir me soutenir, ma famille, mon équipe, mes amis. Je suis certaine que ça va bien se passer grâce leur soutien et que ce sera good vibes…»

Les concerts sont à retrouver sur le site internet de Léman Bleu.