Cinéma

«L’Empereur», des manchots et un homme

Douze ans après «La Marche de l’empereur», Luc Jacquet conte dans «L’Empereur» le destin d’un manchot. Un beau récit initiatique doublé d’une impressionnante performance technique

«L'Empereur» commence là où finissait «La Marche de l'empereur». Ce premier long métrage, couronné d'un Oscar, Luc Jacquet l'achevait il y a douze ans sur un plan de jeunes manchots se lançant à l'eau après de nombreuses semaines passées au sein de leur colonie, au cœur de l'Antarctique. Et ce nouveau film, il l'ouvre sur de belles images, en plongée, d'individus adultes en train de nager. Il dit s'être interdit de regarder «La Marche de l'empereur», ne jamais y avoir pensé, mais on ne peut s'empêcher de mettre les deux documentaires en parallèle. Avec au final cette conclusion: «L'Empereur», qui utilise une voix-off omnisciente, fonctionne mieux que le film de 2005, pour lequel il avait fait appel à trois comédiens, qui incarnaient à la première personne une femelle, un mâle et un poussin.

«L'Empereur» suit le destin d'un seul manchot. A travers lui, Luc Jacquet tente d'approcher au plus près le mystère de ces oiseaux résilients vivant des conditions extrêmes. Usant de constants allers et retours temporels, il montre la lutte des mâles pour couver et préserver les œufs que leur confient les femelles lorsqu'elles partent se nourrir en mer, et documente au plus près la lutte constante des poussins avant qu'ils ne deviennent des adultes capables de parcourir de longues distances d'une démarche clownesque, mais passeront la grande majorité de leur vie en mer. Alors oui, il y a quelque chose de didactique, de parfois trop ouvertement explicatif et descriptif, dans le commentaire écrit par le réalisateur et lu par Lambert Wilson. Mais il s'agit d'un mal nécessaire, dira-t-on, pour un documentaire avant tout familial.

Le désert des manchots

Là où le film impressionne véritablement, au-delà de sa narration en forme de récit initiatique, c'est par sa virtuosité technique. Grâce au travail d'acrobate des frères Yanick et Cédric Gentil, deux aventuriers et chefs opérateurs chaux-de-fonniers qui ont déjà travaillé avec Luc Jacquet ces cinq dernières années sur «Il était une forêt» et «La Glace et le ciel», «L'Empereur» propose de fabuleuses images sous-marines tournées en première mondiale sous la glace du continent austral. L'opposition entre le blanc et la désolation d'en haut et le bleu et le foisonnement d'en bas apporte au documentaire la tension qui manquait peut-être à «La Marche de l'empereur».

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Il existe un lien invisible qui lie le poussin à ses parents, dit la voix suave de Lambert Wilson. Tenter de toucher à l'invisible est le grand mérite de ce film, tout didactique qu'il soit par moments, laisse beaucoup de questions ouvertes. Ces sentinelles que sont les manchots, seuls habitants de l'Antarctique, nous renvoient finalement à notre propre existence. «L'Empereur» possède une indéniable dimension philosophique. Luc Jacquet avoue carrément, lui, avoir pensé en le réalisant au «Désert des Tartares», de Dino Buzzati.


** L'Empereur, de Luc Jacquet (Etats-Unis, 2017), avec la voix de Lambert Wilson. 1h24

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