Genre: Nouvelles
Qui ? Aron Támasi
Titre: Etoiles de Transylvanie
Traduit du hongrois par Agnès Járfás
Chez qui ? Héros-Limite, 285 p.

En 2009, Héros-Limite publiait Abel dans la forêt profonde du Hongrois Aron Támasi (1897-1966), un merveilleux roman de formation qui se déroulait en 1920, «autrement dit, un an après que les Roumains nous eurent pris en main, nous les Sicules». Les nouvelles qui paraissent aujourd’hui sous le titre E toiles de Transylvanie sont de la même énergie bondissante. Elles ont quelque chose de l’imagerie populaire, telle que l’interprète le dessin de couverture de Marfa Indoukaeva, mais elles recèlent aussi un sacré potentiel de violence. «Tamás Szász, le mécréant», qui ouvre le livre, commence comme une scène de beuverie pour exploser dans un jaillissement de sang et de mort: «Cheval, feu, nuit: maintenant le monde est donc là réuni, et le seigneur, c’est moi», proclame le «mécréant sauvage» avant de quitter «ce vilain monde».

Les Sicules (Székely), minorité hongroise de Transylvanie, cohabitent alors avec des communautés souabes, juives, tsiganes, roumaines, arméniennes et même avec des bolcheviks: les bagarres «ethniques» et les plaisanteries sur les origines ne manquent pas dans ces récits où l’humour côtoie la colère. On retrouve la forêt profonde où Abel apprenait la vie au milieu des bêtes. Il y a des voleurs héroïques, tels Simó Csöbi, dont le cerveau «éclairait même la nuit la plus profonde à travers ses yeux», et des rédemptions spectaculaires. L’éveil de la sexualité, les rivalités, les trahisons agitent un quotidien de misère, encore blessé par les séquelles de la guerre. La lutte des classes se continue jusque dans l’au-delà: la nouvelle la plus saisissante s’intitule «Une résurrection en bon ordre». L’auteur y décrit avec un joyeux réalisme le destin du corps et de l’âme d’un vieux valet maltraité, après sa mort. Le récit culmine au Jugement dernier, dans une apothéose fantastique. Quand le ressuscité et son fils se rendent compte que les injustices sociales se perpétuent au Paradis, ils envoient balader Dieu et ses saints avec un superbe mépris!

Les rivalités, les trahisons agitent un quotidien de misère