On dirait le Sud avait apporté la plus belle des ponctuations aux dernières heures du Festival de Locarno (LT du 12 août 2002). L'ambition du projet, expérimentation entre amis payée de leur poche, aurait pu s'arrêter là puisque le but était atteint: faire un film. C'était sans compter son énergie pure, énergie faite style, motrice de sa caméra vidéo portée, ainsi que directrice d'acteurs pour un jeu vif où adultes et enfants résonnent au même diapason, les petits (Gabriel Bonnefoy et Dune Landenberg) créant même des temps de suspension et d'incertitude dans la tension des grands, au détour d'une scène de supermarché ou de petit déjeuner. A ces occasions, le film décolle, trouve une grâce, un charme fou, que ses conditions de production n'osaient laisser espérer.

Mésaventure d'un papa indigne qui croit pouvoir débarquer dans le Sud de la France et reconquérir sa femme et ses enfants sans prévenir, On dirait le Sud est l'aboutissement d'un travail avec les acteurs et l'improvisation. Vincent Pluss le mène depuis ses débuts. Il y injecte la même intensité que dans ses actes politiques contre Berne, contre un cinéma suisse assoupi dans son fonctionnarisme. Résultat: On dirait le Sud agit comme un manifeste où tout, d'une petite fille qui regarde la caméra à un rayon de soleil matinal sublime contre la vitre d'une cuisine, semble avoir été convoqué. La nature, la lumière ou le son du monde réel, simplement, pour repartir à zéro et désavouer au passage tous les films suisses trop apprêtés qui ont fait de notre cinématographie, au cours des deux dernières décennies, l'une des moins excitantes du monde.

On dirait le Sud, de Vincent Pluss (Suisse 2002). Dès ce mercredi sur les écrans. Projection précédée du court métrage de Zoltan Horvath «Nosferatu Tango».