Et un festival de cinéma de plus! Le créneau des droits humains est déjà pris à Genève par le FIFDH, au printemps? Qu'à cela ne tienne: on réunit un aréopage de sponsors fortunés et de parrains prestigieux et on passe en force. A l'arrivée, trois journées de projections-débats gratuites, reflet modeste de ce qui est proposé parallèlement à Paris. Ne reste plus qu'à convaincre le public de l'intérêt, voire de l'utilité de la chose.

Mercredi soir, malgré une organisation irréprochable, une petite centaine de personnes a eu quelque peine à faire vibrer le vaste Auditorium Arditi (640 places) de la place du Cirque. Dommage, car le film et la discussion avec le réalisateur valaient largement le déplacement.

Film choc, film orphelin

De Damian Harris, on savait qu'il était l'aîné des fils de l'acteur Richard Harris et qu'il avait signé une poignée de films, dont The Rachel Papers d'après Martin Amis et Trahie élégant thriller hitchcockien avec Goldie Hawn (1991). Après deux autres polars avec Ellen Barkin, sa carrière avait abouti sur une voie de garage. D'où la surprise de le voir réapparaître, d'abord en compétition au Festival de Berlin puis primé à Deauville pour ce Gardens of the Night, film américain indépendant sur l'enfance abusée.

Come-back opportuniste, après les percées de Larry Clark (Kids), Gus Van Sant (My Own Private Idaho)et Gregg Araki (Mysterious Skin) en la matière? En fait, Harris a attendu plus de dix ans pour parvenir à monter ce projet qui lui tenait à cœur. Et malgré un aspect un peu «light» en comparaison avec les précités, son film, raconté du point de vue d'une petite fille de bonne bourgeoisie, enlevée, violée puis vivant dans les rues de San Diego comme prostituée, est une réussite.

Après des années de recherches, le cinéaste ne commet aucun faux pas, évitant aussi bien le voyeurisme que la noirceur excessive ou le happy end réducteur. Les jeunes acteurs sont remarquables, avec les pros Tom Arnold et John Malkovich au diapason. Et lorsque des statistiques préoccupantes viennent corroborer ce récit saisissant, on se dit que la cause a été bien servie.

Seul hic: les distributeurs ne se pressent pas vraiment au portillon. D'où l'intérêt de ce type de projections festivalières.

Rencontres internationales cinéma vérité, Auditorium Arditi, Genève. Dernière projection ce soir à 18h http://www.cinemaverite.ch, 022/3274859.