scène

L’enfance du rêve

Critique de «Tim et les Zinvisibles»

«Je te connais par cœur, et normalement tu es bleu!» Une boule d’énergie faite femme surgit, après un long voyage, dans la vie d’un jeune homme à la dérive. Elle a fière allure dans son vaisseau rigolo, une poubelle recyclée en fusée. Une poubelle? Oui, car Mel est l’amie imaginaire de Tim, jetée aux oubliettes lorsqu’il avait 8 ans.

L’auteure et comédienne romande Sandra Korol signe, avec Tim et les Zinvisibles, sa deuxième pièce pour le jeune public, une fable sur les traumatismes de l’enfance et leur empreinte à l’âge adulte. Elle interprète aussi Mel, virevoltante et sans concession, ressurgie d’un passé refoulé. Joyeuse et sombre, sa création bénéficie d’une mise en scène sobre de Michel Toman, qui fait la part belle au monde enfoui de l’enfance et aux émotions brutes. A voir ces jours au Petit Théâtre de Lausanne.

La solitude, comme un piège qui se referme sur le héros, s’impose dès la scène d’ouverture. Aujour- d’hui, Tim a trente ans et personne n’est là pour le fêter. Au bout de son téléphone portable, les voix de sa mère et de son frère résonnent, mais la conversation tourne à l’aigre. Décor gris et cœur gros. «Comment j’ai fait pour en arriver là?» s’interroge-t-il. Le diagnostic de Mel est clair: «La tristesse, ça bouffe les bons souvenirs.» Son remède? «Retourner là où ça s’est cassé.» L’auteure a le sens de la formule.

Un vol à bord de la fusée-poubelle – séquence vidéo prenante, à l’arrière-plan – propulse ainsi le duo quelques années plus tôt. Un retour aux sources salutaire pour Tim (Lionel Frésard, corps surexpressif), qui, en se confrontant à ses peurs enfantines, renoue avec son innocence et sa joie de vivre. Une transformation figurée sur le plateau par l’éclosion de couleurs.

Le héros revit ainsi ce jour où tout a basculé. Sa mère martèle: «Quand on rêvasse, tout se déglingue!», sommant le garçonnet de jeter Mel au rebut. Dans une maison rongée par les termites, elle tente de sauver les apparences (Céline Goormaghtigh, altière, est drôle et émouvante). En cachette, elle parle aussi à un ami invisible...

Si le spectacle souffre de quelques longueurs, et d’un texte un peu trop bavard, il est généreux. Et accouche de belles images. Comme ce lit d’enfant: un jardin suspendu flirtant avec les nuages. Un terreau où il fait bon se ressourcer, à tout âge.

Tim et les Zinvisibles, Le Petit Théâtre, Lausanne. Jusqu’au 25 novembre. Dès 7 ans. Rés. 021 323 62 13, www.lepetittheatre.ch. Durée: 1h.

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