Dans le jeune cinéma argentin, Lucía Puenzo (le joli drame hermaphrodite XXY, en 2007) occupe une place à part. Pas tant parce qu’elle est une femme que parce qu’elle est la fille de Luis Puenzo (L’Histoire officielle, La Peste), cinéaste de la «vieille école». Et voilà que, dès son deuxième long-métrage, on lui découvre une autre particularité: elle a débuté comme écrivain! El niño pez est en effet l’adaptation de son premier roman, écrit dix ans plus tôt, à 23 ans.

La fille du Paraguay

Fille d’un juge à Buenos Aires, Lala est tombée amoureuse de Guayi, leur jeune bonne paraguayenne, de deux ans son aînée. Mais son rêve de partir avec son amante après avoir vendu des objets dérobés dans la maison tourne court lorsque son père meurt subitement. Suspectée, Guayi est envoyée en prison tandis que Lala part à la découverte de son passé au Paraguay, trouvant l’origine d’une certaine prodigalité sexuelle…

Au début, on est intrigué. D’autant plus que, dans le rôle de Lala, on retrouve avec plaisir Inés Efron, jeune comédienne d’exception. Et puis l’intérêt se dilue doucement, au fil d’un récit inutilement alambiqué, à base de flash-back. Ou bien serait-ce le style incertain, déjà perceptible dans XXY?

Toujours est-il qu’on éprouve quelque peine à se passionner pour ce long déballage de secrets glauques, qui finit par étouffer la critique sociale sous-jacente. Quant à la référence à la légende d’un enfant-poisson qui donne son titre au film, dans l’esprit du «réalisme magique» latino, elle s’intègre mal. Reste une réelle ambition (échapper au minimalisme en vogue) et la beauté des deux interprètes (la sensuelle Mariela Vitale est une autre trouvaille), qui peuvent séduire.

El niño pez, de Lucía Puenzo (Argentine/Espagne/France 2008), avec Inés Efron, Mariela Vitale, Carlos Bardem, Pep Munné, Arnaldo André, Diego Velázquez. 1h36.