Un journaliste américain est enlevé un soir de décembre à la sortie d’un restaurant dans un quartier chic de Karachi. Qui a bien pu faire cela? La police et les services secrets sont sur les dents. Pas de piste, pas d’indice. Ils pataugent. Or le temps presse, les mystérieux ravisseurs menacent d’exécuter l’otage le jour de Noël. Nul ne sait d’ailleurs s’il est encore en vie.

Lire aussi: Nadeem Aslam, conteur des extrêmes

Mandaté par le colonel Tarkeen, un haut gradé des services de renseignement, le commandant Rommel – eh! oui, son père était un admirateur du Generalfeldmarschall allemand – s’en va trouver Constantine D’Souza. Cet ex-policier chrétien est devenu directeur de la prison centrale à la suite de mésaventures que l’on ne tardera pas à découvrir. Le militaire souhaite interroger l’un de ses prisonniers, le célèbre Akbar Khan, un ancien flic lui aussi, accusé d’avoir tué le frère plus que louche d’un ministre en place lors d’une confrontation policière. Le prisonnier, visiblement, en sait plus long sur l’affaire que ne le laisserait supposer son isolement. Il accepte de collaborer en échange de sa libération. Autrefois très proches, Constantine et lui sont restés amis. L’un depuis sa cellule, l’autre sur le terrain, ils vont refaire équipe pour retrouver le précieux journaliste.

Variante moderne de Berlin-Est

Si vous aimez les découvertes et le dépaysement, Le Prisonnier du Pakistanais Omar Shahid Hamid va vous ravir. Il vous plonge dans l’incroyable quotidien d’une des villes les plus dangereuses du monde, une société corrompue où tout se paie et s’achète, où des factions rivales s’entre-déchirent sans se soucier des victimes collatérales. La description de la prison à elle seule en dit long. «L’endroit grouillait d’indics et de renégats, et tout le monde espionnait tout le monde, comme dans une variante moderne de Berlin-Est en miniature, écrit l’auteur. La prison centrale – ou PC, comme on l’appelait – était une véritable ruche d’informations, une sorte d’université du crime. Djihadistes, terroristes, militants de tout bord, ainsi que les habituels meurtriers, violeurs et voleurs: on trouvait de tout à la PC de Karachi. Ils vivaient ensemble et apprenaient les uns des autres.»

Menacé par les talibans

Pas simple de faire son travail de flic dans un tel environnement. L’auteur en sait quelque chose. Né en 1977, fils d’un homme qui, directeur de la compagnie électrique de la ville, fut tué par balles en 1997, Omar Shahid Hamid a lui-même servi au sein de la police de Karachi avant de prendre la tête de la cellule antiterroriste. En 2011, menacé par les talibans, il doit cependant tout quitter et se réfugie à Londres avec sa femme et son fils. C’est alors qu’il commence à écrire. Il a retrouvé son ancien poste en 2016.

Lire aussi: Roman noir à New Delhi

Nourri à 90% par des faits réels, selon les dires de son auteur, Le Prisonnier est un thriller très particulier. A l’exception du très beau personnage de Salma, une prostituée devenue naika (mère maquerelle) avec laquelle Constantine a connu une vraie histoire d’amour, le roman met en scène essentiellement des hommes. C’est un monde sans pitié où il faut se méfier de chacun, où les arrangements avec la loi et la vérité sont monnaie courante, où l’on ne peut se permettre aucun état d’âme. Omar Shahid Hamid a déjà publié deux autres livres, The Spinner’s Tale et The Party Worker. Un auteur à suivre, donc. On en frissonne déjà.


Omar Shahid Hamid, «Le Prisonnier», trad. de l’anglais (Pakistan) par Laurent Barucq, Presses de la Cité, 382 p.