Des sauts, des sauts et encore des sauts. Comme si le monde pouvait être sauvé par un marathon physique et héroïque, une mise à l’épreuve des corps jusqu’à épuisement. Face à «The Dog Days Are Over», création de 2014 de Jan Martens, on pense à «Sideways rain», cette course sans fin signée Guilherme Botelho qui visait à arrêter la folle litanie du temps. Jan Martens, aussi, défend une vision politique avec ce travail bondissant. Dans cette proposition minimale pour huit danseurs à moteur, le Flamand de 34 ans pointe le diktat d’excellence, la peur panique de la défaillance. «L’idée était de faire un portrait du danseur d’aujourd’hui, d’interroger son obsession, qui est celle des spectateurs, de perfection, expliquait le chorégraphe en janvier dernier à «Libération». J’ai choisi les vêtements d’American Apparel parce que la majorité des danseurs autour de moi s’habillent chez cette marque et qu’elle renvoie à l’univers du fitness, incarne quelque chose du culte du corps et du consumérisme.» Et, en effet, les warriors sur ressort portent tous des shorts, collants, bodys, jupette de la marque flashy et scintillante.

De Keersmaeker comme modèle

On l’a compris, avec ce représentant de la nouvelle vague flamande, on est loin de la fragilité assumée et sublimée d’un Alain Platel. Loin aussi, même si on retrouve la force du geste, de la colère musclée d’un Wim Vandekeybus. Jan Martens, Anversois, a beau être né en 1984, la même année que les Ballets C de la B, c’est vers Anne-Teresa de Keersmaeker qu’il faut se tourner pour trouver une parenté. La pasionnaria de la rigueur minimaliste a elle aussi éprouvé les boucles chorégraphiques jusqu’à satiété et cherché ce point de rupture où le corps, la personne, l’ego se liquéfient dans le mouvement. Retour de la danse et de ses exigences voire, peut-être, de sa violence? Non, le jeune homme l’assure. S’il retourne au mouvement tout-puissant, c’est pour mieux dénoncer la citoyenneté automatisée. Sa pièce, «The Dog Days Are Over», est paraît-il, sublime. C’est le plus important.

Duo amoureux

Le corps encore. Sur un mode tout aussi résistant, mais plus doux, moins haletant. Dans «Sweat Baby Sweat», deuxième spectacle de Jan Martens à l’affiche d’Antigel, se mélangent danse buto, aérogym et yoga pour un duo à la fois sensuel et acrobatique. Une histoire d’amour collé-serré, où, les yeux dans les yeux, Steven Michel et Kimmy Ligtvoet, se ravissent et se rejettent. C’est très beau, dit-on.


Sweat Baby Sweat, les 6 et 7 fév., Salle du Lignon, Vernier, www.antigel.ch

The Dog Days Are Over, le 9 fév., Salle du Lignon, Vernier, www.antigel.ch


Antigel, les projets outdoor

Antigel, festival des communes genevoises, c’est aussi, surtout, des projets insolites et hors les murs. Ce soir, samedi 28 janvier, le Nouvel an chinois se fêtera à l’Usine Serbeco, spot satignote qui conditionne les déchets. C’est donc entre broyeuses et pelleteuses que les pétards seront tirés. Demain, dimanche 29 janvier, une danse déambulatoire accueillera les plus réchauffés à Corsier-village, tandis qu’à la toute fin du festival, du 17 au 19 février, une danse souterraine imaginée par Perrine Valli emmènera les moins trouillards dans les sous-sols de la Cité-Nouvelle d’Onex. Entretemps, du 10 au 12 février, un Very Bat trip signé Fabrice Melquiot permettra aux plus courageux de découvrir Bael, démon volcanique et rebelle, tapi dans les champignonnières du Bois de la Bâtie. Pour tous ces rendez-vous, des habits chauds et de bonnes chaussures sont recommandés.


Antigel, Festival des communes genevoises, jusqu’au 19 février, www.antigel.ch