Deuxième de sept films nord-américains en concours cette année, Des hommes sans loi a pu paraître trop générique sur les écrans cannois. A mi-chemin entre western et film de gangsters, il s’agit d’une chronique du «bootlegging» dans le Sud campagnard des années 1930, sur fond de Grande Dépression et de Prohibition. Dans les limites de ce sous-genre peu exploité, le tandem australien formé par John Hillcoat (réalisateur) et Nick Cave (scénariste-musicien) a pourtant livré là du fort beau travail.

Du côté des rebelles

A l’origine, un roman familial de Matt Bondurant, qui raconte les aventures de distillateurs clandestins de son grand-père et de ses frères. Mais aussi la fascination des auteurs pour les figures de rebelles et toute une culture sudiste. Après The Proposition (western australien), et The Road (d’après Cormac McCarthy), ils ont signé là un film dont le moindre plan témoigne de leur passion. Dans une reconstitution impeccable, il y est question de trois frères qui gagnent leur vie en se faufilant entre loi et crime. Mais, après des années de tolérance dans ce coin reculé de Virginie, l’envoi d’un super-flic (Guy Pearce) change la donne alors même que le cadet (Shia LaBeouf) tente de prouver sa valeur en livrant un gangster de Chicago (Gary Oldman)…

Jamais loin, la violence est tour à tour ultra-graphique et elliptique, et sans effacer les autres forces: famille, loyauté, amour, religion ou ambition. Le soupçon de complaisance est ainsi écarté, même si la mythification joue sa part (via une légende d’invincibilité), et l’ironie du final (plus nostalgique que distancié) peut laisser dubitatif. Au total, du cinéma classique comme on n’en voit plus guère, et qui déclasse sans difficulté les Public Enemies de Michael Mann.