Il est partout, déjà auréolé des lauriers de l’Académie française. Il affole les statistiques de ventes. Cartonne sur Twitter. Squatte les meilleures places dans les hit-parades livresques. Est réclamé, si l’on en croit notamment Le Monde et El País, sur tous les continents par des éditeurs qui s’égorgent entre eux pour obtenir les droits de traduction de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert. Si, mercredi prochain, il décroche le Goncourt 2012, dont il est l’un des derniers quatre favoris, ce sera le nirvana pour la littérature romande! On parle bien entendu du phénomène Joël Dicker, prodige de 28 ans avec qui Le Huffington Post propose un entretien en vidéo. Et dont même le Público portugais, la Kleine Zeitung autrichienne, le Glas Istre hongrois, des sites russophones et le… Tuoi Tre vietnamien ont parlé!

Au détour d’une visite au Salon du livre de Francfort, en Allemagne, L’Hebdo a raconté «les dessous» de cette «aventure littéraire menée de main de maître» aux Editions L’Age d’homme/De Fallois. Bernard de Fallois n’avait en effet «pas ménagé sa peine, dès cet été, pour faire connaître le livre à paraître de sa jeune recrue aux journalistes et aux jurés des prix littéraires, certain de sa qualité et de son originalité», écrit La Croix. Résultat: c’est «une des success stories de la rentrée littéraire», selon Paris Match.

«Le jeune séducteur»

A propos de celui que Libération appelle «le jeune séducteur suisse», quel journal ou hebdomadaire n’a pas encore publié une interview ou une critique du livre? Aucun. S’il en reste un, qu’il se dénonce! Eux qui ont tous deux déjà raconté comment «la presse française cautionne sans emphase» cet ovni du bout du lac, la Tribune de Genève et 24 heures sont revenus à la charge jeudi avec les jurés du Goncourt qui se sont épris de ce livre déjà tiré à 70 000 exemplaires. Parmi eux, la star et vrai poète de Twitter, Bernard Pivot, parle haut et clair: «Qu’il soit Suisse et publié par une petite maison d’édition n’est jamais entré en ligne de compte. On s’en fiche royalement. Il s’agit simplement d’un roman original, sur le mode américain, extrêmement bien construit.» Ecrit par un «surdoué», selon les termes, en français, en italien et en allemand, de Swiss­info.

L’éditorialiste de 24 heures relativise la louange, en signalant que La Vérité «ne serait pas assez bien écrit pour mériter la palme suprême» quarante ans après le seul «goncourisé» romand, feu Jacques Chessex et son Ogre vaudois. Mais quand même: «Tout est possible pour ce poulain qui remet avec brio la littérature romande dans la course hexagonale.» Pour l’auteur de ce «livre vertigineux, proche des meilleurs thrillers américains – au point que l’on vérifie en cours de lecture que ce livre a bien été écrit en français, qu’il ne s’agit pas d’une traduction…», s’amuse le critique du Figaro. Auteur que Gala trouve «charmant et jusqu’alors quasi inconnu». Une vraie «sensation», pour la Neue Zürcher Zeitung.

Sous-écrit mais pas mauvais

Le Nouvel Observateur, lui, n’est pas dans la ligne générale de l’enthousiasme à tous crins. Pour le sévère David Caviglioli, «que ce livre soit sous-écrit ne signifie pas qu’il est mauvais. Mais on peine à trouver le moindre vertige caché derrière l’amoncellement des poncifs. Les personnages sont des fonctions narratives dénuées d’incarnation, l’intrigue se poursuit elle-même dans une course vaine à l’effet dramatique. Il ne suffit pas de mal peindre pour être Edward Hopper.» Pan. En France encore, L’Express émet également quelques réserves, mais dans une moindre mesure.

Mais qu’est-ce qui plaît donc tant dans ce livre? Le Parisien répond que c’est «sûrement cet art qu’a l’auteur de mélanger les genres: trousser une énigme policière de derrière les fagots et s’interroger en même temps sur la création littéraire». Cela devrait donc encourager tous ceux qui aiment les bons romans de crocher totalement à ce livre enivrant: voilà la vérité de l’affaire.

La revue de presse