L’enquête valaisanne 2014: tendance floue

Photographie Dix artistes ont posé leur regard sur le canton

Un inventaire de qualité, et extrêmement disparate malgré la thématique imposée

Il y a eu «transhumance», puis «nuance» et enfin «tendance». Chaque dix-huit mois depuis 2009, l’enquête valaisanne propose à dix photographes de se pencher sur une thématique. Le résultat de la dernière commande est exposé actuellement à la galerie de la Grenette, à Sion, et publié dans un catalogue. Difficile, en observant les séries à la chaîne, de déceler un sujet commun. Laborieux, en les prenant séparément, de les rattacher toutes au motif imposé. Une largesse d’esprit revendiquée par Daniel Stucki, président du comité organisateur: «Nous sommes généralistes car nous souhaitons laisser libre cours aux expressions et permettre à un maximum de photographes professionnels de se lancer sur des projets personnels. Il serait plus compliqué de préserver autant d’élan sur dix projets consacrés à une thématique pointue.»

Si l’absence d’un cadre serré peut effrayer les âmes vagabondes, elle a encouragé certains des candidats à envoyer leur dossier. «Tendance est un thème assez large pour laisser s’exprimer la créativité, tout en nous offrant l’occasion de participer à la mémoire visuelle d’une région», note Brian Walker, qui a choisi de travailler sur l’inclination à endiguer le Rhône. En noir et blanc et avec des prises de vue le plus souvent frontales, d’une berge à l’autre, le photographe diplômé de l’Ecole de Vevey, pointe les interventions de l’homme sur le fleuve. Sophie Brasey, elle, avait commencé il y a plusieurs années une série sur les dimanches en Suisse. Elle a vu dans l’enquête valaisanne l’occasion de reprendre ce projet: «C’est peut-être un peu tiré par les cheveux mais ce sujet colle finalement avec l’idée de tendance, puisque ce jour-là, tout le monde se sent obligé d’occuper son temps libre et tout le monde le fait à peu près de la même manière.» Sur les images de la Veveysanne, des promeneurs en balade, des gourmands au restaurant, des rassemblements à l’église, sur la place publique ou devant un club Harley-Davidson.

Delphine Schacher s’est également accrochée à un projet existant pour participer à l’enquête. Elle avait déjà filmé Jacques et Marion Granges, couple de vignerons pratiquant la biodynamie de longue date. Elle a photographié leur domaine et leurs ustensiles, à la manière d’ingrédients baignant dans un vieux chaudron. Il y a de la magie et de la poésie dans ses clichés, les plus prenants des dix séries présentées. «Il est agréable de travailler sur un sujet large car cela autorise une certaine fantaisie. A l’inverse, cela permet aussi une multitude d’approches et il peut être difficile de trancher. Je dispose de trois éditings différents de cette série», admet la photographe.

Olivier Lovey aussi s’est interrogé sur la meilleure manière de présenter ses amateurs de costumes folkloriques. Il a finalement opté pour des portraits d’hommes et de femmes aux allures anciennes, sur fond neutre ou dans des décors historiques. «J’ai beaucoup photographié les paysages valaisans, intemporels. Ce motif-là m’intéressait car il joue de différentes époques, s’inscrivant ainsi entre le documentaire et la fiction», souligne le trentenaire. De la fiction dans une enquête? Du regard très subjectif de Sébastien Agnetti sur l’Ecole cantonale d’art valaisan aux mises en scène d’Aline Fournier ou de Robert Hofer sur la jeunesse et les membres de Facebook, la valeur documentaire de la photographie est interrogée. Si les enquêtes actuelles se revendiquent clairement des missions fondatrices de la Farm Security Administration dans les Etats-Unis des années 1930 ou de la Datar qui mandata dès 1984 des photographes pour «représenter le paysage français», elles s’apparentent à des «regards sur» avant d’être des témoignages.

A cet égard, Daniel Stucki défend encore la formule valaisanne, privilégiant une multiplicité de points de vue destinés à enrichir la collection de la médiathèque de Sion. Chaque participant, ainsi, doit livrer 15 images rémunérées 250 francs chacune. Des coups d’œil rapides dans des directions variées. Autre adepte des enquêtes photographiques, le canton de Fribourg, lui, préfère un regard unique et insistant. Tous les deux ans, un candidat reçoit 25 000 francs pour creuser le sujet qui l’inspire. Manières de voir.

Tendance. Galerie de la Grenette, à Sion, jusqu’au 26 octobre. Catalogue sur place ou à commander sur le site www.eq2.ch

«Il est agréable de travailler sur un sujet large car cela autorise une certaine fantaisie»