Les plus âgés d’entre nous se souviennent peut-être de Der Schöne Bahnhof, cette capsule de l’émission humoristique de la TSR Carabine FM (Mermet, Monney, Lolita) dans laquelle un vieux barbon en frac exécutait le plus sérieusement du monde une pièce de musique contemporaine parfaitement silencieuse – 4'33'' sans le rictus de John Cage, dira-t-on.

C’était bien entendu une parodie, mais elle indique aussi une forme de réception: la musique contemporaine serait ennuyeuse, guindée, froide, obsessionnellement cérébrale. C’est un préjugé, bien entendu, et c’est aussi une raison de lutter: Serge Vuille et l’Ensemble Contrechamps – formation majeure du domaine à Genève et au-delà – dézinguent cette contre-histoire avec une nouvelle saison qui à la fois décoiffe et rassérène.

Le retour du présentiel

«Pour avoir assisté dans la salle – parfois seul – à nos programmes streamés la saison passée, il n’y a aucun doute pour moi que l’expérience directe, personnelle et humaine du concert est simplement irremplaçable», explique le directeur artistique, Serge Vuille, dans son éditorial programmatique. Ce désir de se retrouver n’obérera cette année pas complètement les enseignements pandémiques et leurs possibilités jusqu’alors peu exploitées – comme la retransmission, entre le Cinéma Bio (Carouge) et le Bellevaux (Lausanne), du Music for 18 Musicians de Steve Reich exécuté avec l’Ensemble Eklekto et capté en janvier dernier au Victoria Hall.

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Cela dit, le présentiel se porte mieux, merci pour lui, et Contrechamps lui offrira dans les mois qui viennent toute une série d’incarnations différentes: concerts, journées pensées pour les familles, visites de musées en musique, implantations dans différents festivals (La Bâtie, Les Créatives…), etc.

Une programmation variée

La programmation, elle aussi, joue des possibilités de passage. Par exemple en faisant dialoguer, autour du thème des feux d’artifice, Haendel (Music for the Royal Fireworks) et les travaux pour ensemble instrumental et pyrotechnique de la compositrice allemande Lea Letzel (le tout se passera sur terre et dans les airs les 13 et 14 septembre à la Villa Bernasconi). Configuration similaire en octobre avec Buxtehude (1637-1707) et le compositeur genevois Xavier Dayer (né en 1972).

D’autres trous de ver mettront encore en communication différents pans de l’espace-temps des genres musicaux: on signalera ainsi la création d’une nouvelle pièce, ICE, d’Erika Stucky, talentueuse polymathe des joies musicales et récente lauréate du Grand Prix suisse de musique (ce sera hors les murs, à la Dampfzentrale de Berne).

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Notons enfin un point d’orgue, le 19 mars prochain, une Nuit de l’électroacoustique qui se déploiera aux 6 Toits, nouveau centre de création atterri en pleine zone industrielle des Charmilles: on y entendra des signatures réputées de la recherche sonore en pleine liberté, d’Emma Souharce à D’Incise et de Beatriz Ferreyra à Phill Niblock, maître incontesté du drone guillotine.