Culture

L'Ensemble Contrechamps tendu entre larmes et espoir

Classique. Lundi soir, Heinz Holliger a dirigé une création de William Blank à Genève

L'espoir et les larmes: la frontière est fine entre ces attitudes ambivalentes, qu'explorait lundi soir l'Ensemble Contrechamps au Victoria Hall de Genève. Si le compositeur György Kurtág dépeint le drame sentimental d'une femme délaissée, William Blank dit la désolation d'un peuple dévasté: son Nachhall (Echo) se fait précisément l'écho d'un reportage télévisé sur le massacre de Srebrenica.

Atrocités autant pour l'œil que pour l'oreille: imaginez le commentaire d'un journaliste au premier plan, des cris de désolation mêlés au bruit des avions de l'OTAN derrière lui. William Blank reprend cette dramaturgie pathétique et la décompose en trois plans sonores. Sur le devant de la scène: des chocs discordants (cymbalum, marimba, piano…), plus loin le souffle des cuivres, plus haut le chant d'un accordéon, plaintif comme une lamentation humaine. Poches de violence, blocs démembrés. L'angoisse domine l'œuvre. Cette vision crue produit son effet: stupeur, malaise, interrogations.

Face à cet univers déshumanisé, les Scènes d'un roman de György Kurtág (d'après les poèmes russes de Rimma Dalos) nous ramènent dans le monde des vivants. La soprano Natalia Zagorinskaïa travaille ses couleurs dans une esthétique âpre, torturée. Elle nourrit un dialogue tendu avec les instruments: quand la voix devient angélique, le violon, la contrebasse et le cymbalum ricanent; quand elle explose, ceux-ci cherchent la chaleur rassurante des harmonies populaires hongroises. Toujours ces mêmes gestes elliptiques dans Requiem pour un ami. Et toujours cette réflexion sur la parole, trop incomplète pour résoudre les conflits humains et embrasser la divinité.

Transcendance de l'indicible

A l'inverse, le langage de Holliger conquiert l'espace-temps, invente tout un vocabulaire de gestes pour transcender l'indicible. L'instrument soliste – l'alto – domine Recicanto dans une oscillation mélodique ininterrompue. Comme une logorrhée, son chant finit par s'imposer face aux rythmes brutaux jetés depuis l'arrière par l'orchestre. Puissante, colorée, cette partition dirigée par Holliger se termine sur une élévation ponctuée de sonorités de cloches, en hommage à la claveciniste Christiane Jaccottet.

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