Ça se passait en 2002, par une soirée d'été genevois. Dans les sous-sols des ex-usines Kugler, reconvertis en dancefloor improvisé. Plafond très bas, les spectateurs d'1 m 80 et plus y risquaient la calvitie par frottement. Micro en main, une jeune fille surnommée Water Lilly minaudait des refrains lancinants sur une poisseuse rythmique electro. Un live qui singeait encore un peu trop le style de Peaches, la furie electro punk canadienne qui avait déjà déposé avec son album The Teaches of Peaches sa marque de performeuse hargneuse et féministe. On n'en ressortait pas franchement convaincu, mais avec l'impression d'avoir fait face à une personnalité en devenir.

Deux ans plus tard, printemps 2004. L'Atelier volant, club lausannois, accueille une soirée du cycle «Dirty Dancing». Water Lilly est derrière les platines, et produit un set monstrueux, reléguant loin derrière elle son successeur de la soirée, le pourtant légendaire Filippo «Naughty» Moscatello, du label munichois International DJ Gigolo.

Par honnêteté, on ne devrait pas comparer ces deux soirées: ici, du DJing, là, du live. Pourtant, il y avait une conclusion à tirer: celle qui témoignait de la redoutable maturation de Water Lilly, figure désormais clé de la scène electro genevoise, romande, et nationale. Le processus porte aujourd'hui un fruit supplémentaire, avec la publication par le label Mental Groove Records d'un premier album, Sputnika.

La part féminine

Habituée jusqu'ici aux EP's vinyle (elle en a à l'heure actuelle huit au compteur, en son nom propre ou en collaboration), Water Lilly peut escompter avec ce CD une diffusion plus large que ne le permettaient ses anciens supports. Ce qui en soi est une bonne chose: élevée sous le marrainage esthétique de Miss Kittin, mûrie au même rythme que sa compatriote Sonja Moonear, elle forme avec les deux précitées le cœur de ce que l'on pourrait appeler la part féminine de la scène électronique genevoise.

Une part qui, comme son pendant masculin (Luciano, Plastique de Rêve, Crowdpleaser), porte sabre au clair une certaine sonorité helvète au-delà des frontières. Ainsi de Water Lilly qui, active dans le milieu depuis 1996 et coorganisatrice des renversantes soirées lémaniques «Bronco», a démontré son savoir-faire du mythique WMF de Berlin à New York en passant par le très arty Batofar, à Paris. On notera encore qu'aux côtés de Sonja Moonear elle fit partie, en 2004, de l'expédition «La Suisse», festival organisé par Swiss Music Export à Londres, lieu prescripteur de tendances s'il en est.

Des sonorités ouvertement rétro

Dans les bacs depuis quelques semaines, Sputnika récolte de très bonnes critiques. Force est de reconnaître que l'album, s'il n'est pas intégralement surprenant (on notera toutefois à ce titre-là l'agréablement brutal «I versus Spy»), est d'une bonne tenue générale: on est ici face à une techno très synthétique, linéaire, au tempo volontiers ralenti – autrement dit, parfaite pour les trentenaires. Ses sonorités, tout à fait agréables et ouvertement rétro, soutiennent des vocaux lapidaires et monocordes. On n'échappe pas à quelques facilités mélodiques, mais c'est la loi du dancefloor: le danseur préfère être pris aux tripes, plutôt qu'on ne lui prenne la tête. Autrement dit, tous les ingrédients nécessaires à une mise à feu optimale sont là.

Water Lilly, Sputnika (Mental Groove Records/Namskeio). Water Lilly en live au festival m4music, Toni-Areal à Zurich le 23 avril. Rens. http://www.m4music.ch ou sur http://www.waterlilly.ch