Joshua Weilerstein n’est pas seulement chef d’orchestre: il est aussi violoniste. Le jeune directeur artistique de l’OCL s’est emparé d’un violon pour partager la scène avec Renaud Capuçon, lundi soir à la Salle Métropole de Lausanne. Ils ont joué un court Duo de Bartók après la Sérénade de Leonard Bernstein. Tous deux rentraient d’une tournée européenne avec les musiciens de l’OCL auréolée de succès.

Haydn joué d’un goût sûr

Par son entrain, Joshua Weilerstein continue à faire souffler un vent de générosité sur la scène lausannoise. Plus d’un an après sa nomination, le jeune chef américain confirme ses qualités. La musique de Haydn lui va comme un gant: il ménage des contrastes et prend soin à différencier les nuances dynamiques dans la Symphonie «Le Distrait». Or, cette symphonie ménage des surprises. Il était amusant de voir le public applaudir à la fin du quatrième mouvement (un «Presto» empoigné de manière vigoureuse) et Joshua Weilerstein se retourner vers l’assistance pour signifier qu’il y avait encore deux autres mouvements à jouer! On admire l’élégance des cordes dans le cinquième mouvement à l’allure de cantilène, puis l’énergie jubilatoire déployée dans le «Prestissimo» final.

Renaud Capuçon lyrique et suave

Renaud Capuçon est entré ensuite en scène pour jouer la Sérénade de Bernstein. Son violon lyrique et suave confère une expressivité chaleureuse aux passages méditatifs, en alternance avec des sections beaucoup plus animées. On trouve autant de lyrisme que de motifs rythmés (avec des emprunts au jazz) dans cette œuvre assez complexe, qui requiert une grande coordination entre le soliste et l’orchestre. L’entente est parfaite, avec un accompagnement ciselé aux cordes et des percussions vives.

Transparence dans Schumann

Après l’entracte, Joshua Weilerstein et ses musiciens ont d’abord joué Ramifications de Ligeti (une pièce des années soixante aux entrelacs énigmatiques) puis la Symphonie «Rhénane» de Schumann. Cette lecture se différencie des grandes (et puissantes) interprétations symphoniques par la transparence des textures sonores. Le chef américain exalte la veine lyrique et mélodieuse du premier mouvement. Les deux mouvements médians ravissent par leur caractère bucolique. Le quatrième mouvement, «Feierlich», pourrait être menaçant et noir, comme une sourde prémonition, or Joshua Weilerstein esquive cette dimension-là. Il se montre plus à l’aise dans le finale, joué avec un entrain communicatif. Une chose est sûre: l’orchestre est entre de bonnes mains et affiche une belle santé musicale.