roman

«L’Envers des autres», premier roman d’une jeune Algérienne

L’Envers des autres donne la parole à des naufragés, jeunes, hoquetant leur solitude face à une machinerie sociale qui n’a que peu d’égards pour les individualités

Genre: roman
Qui ? Kaouther Adimi
Titre: L’Envers des autres
Chez qui ? Actes Sud, 110 p.

Roman noir. Kaouther Adimi a 25 ans et vit à Paris depuis peu, après avoir grandi et fait ses études en Algérie. L’Envers des autres, son premier livre, bref, donne la parole à des naufragés, jeunes, hoquetant leur solitude face à une machinerie sociale qui n’a que peu d’égards pour les individualités. La conformité face aux convenances est l’ultime mesure étalon entre ce qu’il faut et ne faut pas faire. A l’enfermement familial répond la sensation d’étouffement qui saisit la jeunesse algéroise, à l’étroit dans les maigres espoirs qu’offre l’économie du pays. Ces portraits délicats, impitoyables donnent à ressentir le manque d’air, l’absence de rêve qui finit par rendre fou. Pour le moins, un début prometteur.

Qui est fou en fait?

Une situation familiale névrotique, étouffante: l’auteure choisit un procédé efficace en donnant la parole aux protagonistes, les uns après les autres, chapitre après chapitre. La réalité d’une même situation vue par différents acteurs devient trouble pour le lecteur. Kaouther Adimi manie bien cette mise en déséquilibre des perceptions. Qui est fou en fait?

Car les personnages les plus marquants du roman sont Sarah et son mari Hamza. Sarah est la fille aînée d’une fratrie de trois. Adel et Yasmine, les deux plus jeunes, sont d’une beauté remarquable et liés par un amour passionnel. Leur physique hors norme et leur complicité dérangent et font jaser. Le père est mort. La mère perd pied devant ces enfants qui refusent les schémas rassurants.

Sarah est celle qui pousse le plus loin la volonté de s’affirmer. Elle peint et se baigne dans les couleurs qui la happent. On comprend que cet art lui permet de s’élever au-dessus du drame quotidien qu’elle endure: la folie de son mari et son obligation à elle de s’en occuper et de garder la chambre avec lui. La chambre, troisième niveau d’enfermement, après les frontières du pays et l’appartement familial.

Et puis vient le tour du mari, de Hamza, de raconter sa vision des choses. Et là, la réalité se met à tournoyer.

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