De bonnes raisons de lire Peleliu, il y en a beaucoup. Les passionnés d’histoire y trouveront leur profit; et les amateurs de plongée ou ceux que le monde animal fascine. Et surtout, ceux qui apprécient l’élégance et l’ironie discrète de Jean Rolin.

Peleliu est une toute petite île des Palaos. En 1944, une bataille longue et meurtrière s’y est déroulée entre soldats américains et japonais; elle devait durer quelques jours, les combats se sont éternisés pendant quatre mois. Nombreuses pertes humaines, presque tous les Japonais sont morts, après une résistance acharnée, cachés dans les nombreuses grottes de l’île. C’est donc aujourd’hui un «lieu de mémoire» tant pour le Japon que pour les USA.

Débusquer l’inconnu

Jean Rolin y séjourne quelques semaines et l’explore à pied et avec un vélo tout-terrain: rappelez-vous que ce reporter a la particularité de ne pas conduire, ce qui donne à ses déplacements un rythme particulier, une attention aux détails, un art de débusquer les personnages étranges, passionnants ou révélateurs. Une économie aussi, comme s’il ne fallait pas s’encombrer de mots et les choisir avec soin.

Peleliu commence avec la mort de Pete Ellis en 1923, danseur vedette du «Rigodon de l’ivrogne», une histoire de dérives alcooliques dans les îles du Pacifique: espion raté, vrai loser, une figure pittoresque. Jean Rolin aime les approches obliques.

Cinq chiots

L’arrivée sur l’île est trompeuse: sous ses airs de paradis tropical – palmiers, mer limpide, ciel éclatant –, Peleliu est un enfer. La faune est hostile, le sol trompeur, blessant. On se perd donc, en compagnie de l’auteur, en VTT sur des sentiers hérissés d’obstacles, fatals aux pneus, sous un soleil cruel.

L’autodérision est une des marques de ce merveilleux styliste qu’est Rolin: il se peint en héros, sauvant de la déshydratation cinq chiots crevards auxquels il sacrifie sa bouteille d’eau, et qu’il nourrira par la suite de spam, cet infâme aliment de survie. Ou avoue ses peurs de promeneur solitaire. C’est aussi un érudit, toujours très documenté: il distille les écrits des Américains qui ont témoigné de ces inutiles combats – inutiles car les morts de Peleliu n’ont rien changé à l’équilibre des forces.

Par la suite, le voyageur se change en guide pour quelques touristes russes ou tchèques venus faire de la plongée, mais intrigués quand même par ce que raconte cette terre parsemée de vestiges. Quelle que soit la lecture qu’on privilégie, Peleliu est un bonheur d’écriture et de regard de bout en bout.



Jean Rolin, Peleliu, P.O.L, 154 p., ****