Marché de l’art

L’envol des artistes afro-américains

De fortes enchères émaillent, depuis cinq ans, les ventes d’œuvres d’artistes afro-américains contemporains, vivants comme David Hammons, Mark Bradford ou Kerry James Marshall, ou récemment disparus comme Jack Whitten ou Jacob Lawrence. Un rattrapage rapide et justifié pour ces créateurs trop longtemps maintenus dans l’ombre

Connaissez-vous Horace Pippin? Un des tableaux de cet artiste afro-américain autodidacte (1888-1946) dépeint une scène de guerre: des tranchées hérissées de fils de fer barbelés desquelles jaillissent, au milieu d’explosions, des fantassins américains blancs. Il nous a fallu scruter très attentivement cette œuvre, The End of the War, exposée durant l’hiver 2016-2017 au Musée du quai Branly, pour apercevoir, au premier plan, des silhouettes de soldats noirs, armes à la main, presque invisibles tant ils se fondent dans ce paysage de désolation évoquant les champs de bataille de la Première Guerre mondiale.

Quel meilleur support que cette œuvre pour symboliser les épreuves qu’ont dû endurer les artistes noirs pour sortir de l’ombre et parvenir, enfin, à affirmer leur existence dans le monde des musées et dans celui du marché de l’art? L’expressionniste abstrait Jack Whitten (1939-2018) rappelait, il y a un peu plus d’un an, que dans les années 1950 et 1960, alors qu’il était encore un jeune adulte, sa condition d’homme de couleur lui interdisait de visiter le musée d’art de Birmingham, la capitale de son Alabama natal.