Leo Strauss

Nihilisme et Politique

Trad. d'Olivier Sedeyn

Rivages, 146 p.

«Le phénomène dont je vais parler est bien trop compliqué, et bien trop peu exploré, pour permettre une caractérisation suffisante avec le peu de temps dont je dispose.» Le phénomène en question, c'est celui du nihilisme et de ses racines allemandes, nihilisme dont le national-

socialisme n'est que la forme la plus célèbre. Dans des pages concises et profondes, l'exilé Leo Strauss analysait dès 1941 ce qui, fondamentalement, sous-tendait le nihilisme contemporain, ce vaste «Non» proféré non seulement contre la civilisation moderne mais aussi, comme il le montre, contre la civilisation en tant que telle, et ce sans qu'on sache quoi mettre à sa place. En Allemagne, l'aspiration nihiliste a eu partie liée avec le militarisme qui en est, au dire de Strauss, le père. En quelques pages cinglantes, Strauss retrace la généalogie de ce militarisme, né selon lui en réaction contre l'identification moderne entre bien moral et intérêt personnel. Contre la morale de l'utilité, la pensée allemande a pu magnifier le courage militaire qui culmine dans le sacrifice de soi, au mépris du bonheur individuel. Une fausse route anti-anglaise et antifrançaise lourde de conséquences.