Les «tableaux» de l'artiste autrichien Leo Zogmayer se distinguent par leur cadre. A défaut de matière à l'intérieur de ces cadres, ceux-ci délimitent un espace, plusieurs espaces, autant de formats. Ou alors, le cadre manque et seule subsiste la matière-couleur, qui est aussi un mot: beau, par exemple, ou schön, beautiful. Au-delà de l'astuce magrittienne, ce mot fait plus qu'évoquer un objet ou une notion, en leur absence: il marque une présence. La beauté est bien là, dans le contexte de l'exposition de ces travaux à la galerie Rosa-Turetsky à Genève.

Les œuvres de Leo Zogmayer sont des surfaces, le plus souvent brillantes, puisque la couleur acrylique est appliquée sous verre. A l'éclat du verre s'ajoute ainsi l'éclat de la couleur, et l'espèce d'éclat supplémentaire apporté par les sonorités d'un mot. Un mot qui brise le silence sans l'entamer, puisque la lecture reste mentale. Artiste conceptuel et minimal, Leo Zogmayer travaille aussi sur le volume: ses peintures sont des reliefs, qui sortent littéralement du mur, viennent à la rencontre du spectateur.

Artistes de la trans-avantgarde autrichienne, Leo Zogmayer s'est adonné à la sculpture dans les années 80, une sculpture qui s'affirmait concrètement, s'imposait même. Puis il est revenu à la peinture, c'est-à-dire à l'idée, au slogan. Soit des mots qui s'imposent tout autant qu'une masse dense et dure, des mots ici confondus à leur support, des mots-couleurs et des mots-formes. Parfois, le mot a glissé du support, ne reste que la forme, dans son évidence et, oui, son éclat.

Leo Zogmayer, peintures, sculptures. Galerie Rosa-Turetsky (Grand-Rue 25, Genève, tél. 022/310 31 05). Ma-ve 14h30-18h30, sa 10-12h et 14-17h. Jusqu'au 18 décembre.