Lyrique

Leonardo Garcia Alarcon: l’addiction Cavalli

Le chef d’orchestre baroque est en pleine ascension. Son retour à l’ODN avec sa Cappella Mediterranea annonce des projets genevois dont Il Giasone marque une étape fondatrice

Sonnez trompettes, résonnez tambours, le revoici à Genève! Naturalisé suisse depuis une quinzaine de jours et à quelques semaines seulement de sa prestation de serment, le chef argentin d’origine, Leonardo Garcia Alarcon, fait un retour en gloire dans la ville où il débuta ses études de clavecin en 1997 auprès de Christiane Jaccottet, avant de créer son ensemble baroque la «Capella Mediterranea» en 2005.

Il Giasone de Francesco Cavalli va s'installer pour la première fois à l’ODN, sous la baguette de l’enfant prodigue, dans une mise en scène de l’Italienne Serena Sinigaglia. Après une apparition dans la même fosse, pour Alcina de Haendel avec l’OSR à l’occasion de l’inauguration des lieux en février dernier, Leonardo Garcia Alarcon revient cette fois avec sa Cappella Mediterranea.

Le fédérateur baroque tant attendu

On ne peut que se réjouir de ce retour attendu. Car si la carrière du chef s’est épanouie à l’étranger, il n’est que justice de le voir revenir dans la ville où il fit ses débuts. Une implantation solide sur les bords du Léman serait une nouvelle des plus réjouissantes pour Genève. La cité trouverait en effet en Leonardo Garcia Alarcon le fédérateur baroque tant attendu depuis des décennies. Et bénéficierait, grâce à lui, d’événements internationaux à la hauteur des forces et des potentiels de la ville. Rêvons donc d’un avenir lumineux, à l'heure où la Cité de la Musique prend forme.  

En attendant, Leonardo Garcia Alarcon a connu une année 2016 exceptionnelle. Pour ses quarante ans, l’Alcina genevoise, la création parisienne d’Eliogabalo de Cavalli à Garnier et le tout récent prix de la chambre législative de Buenos Aires, qui récompense les grandes carrières à l’étranger, ont notamment représenté de grands cadeaux.

Il Giasone ouvre les feux

Mais 2017 s’annonce tout aussi stimulante. Il Giasone ouvre les feux genevois à l’ODN dès la fin du mois, avant le passage du grand succès international Il Diluvio Universale de Falvetti, en mai au Victoria Hall. L’équipe baroque retrouvera encore Aix-en-Provence en juillet avec Erismena de Francesco Cavalli. Quatre opéras du Vénitien en quatre ans, voilà qui marque un rapport privilégié avec le compositeur italien du XVIIe siècle. Pourquoi donc cet amour addictif? «Il faudrait demander à un thérapeute», sourit l’artiste.

«Certains pourraient y voir quelque chose du domaine de la réincarnation. Je l’explique plus rationnellement à travers une forme d’évidence.» Pour le chef, Cavalli est le véritable fondateur de l’opéra italien. «Il se situe plus près de Puccini que de Rameau, en traçant une ligne qui ne s’est jamais interrompue jusqu’à Nono ou Menotti. Il a créé le Leit motiv, l’Aria da capo ornementé et codifié, les intervalles et le rapport au texte et au rythme, le mélange entre buffo et tragique... Tout ça dans l’héritage très particulier de la Commedia dell’arte vénitienne.»

Comme pour la comédie musicale

Monterverdi  a pourtant posé les bases de l’art lyrique. Mais pour Leonardo Garcia Alarcon, on doit au Vénitien «la création de l’opéra public et la préoccupation de plaire aux spectateurs. Donc de toucher, d’émouvoir, de faire rire ou pleurer. Comme aujourd’hui pour la comédie musicale, en somme. Cette rhétorique-là, qui est de capter l’attention pour lutter contre l’ennui dans un traitement à la fois populaire et raffiné, Cavalli l’a mise en oeuvre et la maîtrise comme personne.»   

L’exploration du terroir musical de l’Italie tient très à coeur au natif de La Plata. «L’Argentine est très italienne. La culture transalpine y est forte et Genève y a laissé des traces. Le Couronnement de Poppée a été donné pour la première fois au Teatro Colon avec Ernest Ansermet, grâce à la mécène Victoria Ocampo», rappelle le chef, dont la moitié de sa famille vient de Côme et de Turin, le reste étant issu du pays basque espagnol. «Il y a cent ans, personne n’était Argentin chez les Garcia Alarcon. On dit là-bas que nous somme le peuple des bateaux.»

Pleinement genevois

Aujourd’hui pleinement genevois, Leonardo Garcia Alarcon se profile déjà comme un spécialiste «cavallien». Son récent double CD, consacré aux "Héroïnes du baroque vénitien", annonce une intégrale scénique. «Si le temps m’est donné...» souffle le chef, l’oeil malicieux. Avec Mariana Flores (son épouse, ndlr), le disque a été conçu comme «une sorte de présentation des vingt-sept opéras de Cavalli, à travers des extraits de chacun d’entre eux.»

D’ici là, rendez-vous est pris avec Il Giasone à l’ODN. Dans le corpus de la petite trentaine d’ouvrages lyriques du compositeur, c’est celui qui fut le plus joué dès sa création en 1649. «Etonnamment, la Calisto, qu’on connaît le plus aujourd’hui, n’a pas eu de succès à l’époque et est restée méconnue. Alors que le Giasone, qu’on découvre actuellement, était un véritable tube au 17e siècle. L’oeuvre a beaucoup influencé John Blow dont on sent l’inspiration dans Venus et Adonis, ou Henry Purcell, pour Didon et Enée. On peut ainsi dire qu'Il Giasone a aussi présidé à la naissance de l’opéra anglais.» Un véritable visionnaire, ce Cavalli...



ODN, les 25, 28 et 30 janvier 2016, 1er, 3, 5 et 7 février 2017. Rens: 022 322 50 50, www.geneveopera.ch

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