Exttrait

Leonardo Padura, L’Homme qui aimait les chiens

Editions Maitailié p. 666

Extrait

«Même si j’ai tenté de l’éviter, si je me suis débattu, et si j’ai résisté, alors que j’avançais dans la lecture, je me sentais envahi par la compassion. Mais seulement pour Iván, seulement pour mon ami, parce que lui, il la mérite, totalement: il la mérite comme toutes les victimes, comme toutes les créatures tragiques dont le destin est commandé par des forces supérieures qui les dépassent et qui les manipulent au point de les anéantir. Ce fut notre sort collectif, et que Trotski aille se faire foutre avec son fanatisme obsessionnel et son complexe de personnage historique, s’il croyait que les tragédies personnelles n’existaient pas et qu’il n’y avait que des changements d’étapes sociales et supra-humaines. Et les personnes, alors? Est-ce que l’un d’eux a pensé aux personnes? Est-ce qu’on m’a demandé à moi, à Iván, si nous étions d’accord pour remettre à plus tard nos rêves, notre vie et tout le reste jusqu’à ce qu’ils partent en fumée (les rêves, la vie et même le Saint-Esprit), happés par la fatigue historique et l’utopie pervertie?» L’Homme qui aimait les chiens, p. 666

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