Livres

Leonardo Padura nous livre les pouvoirs et mystère d’une Vierge noire 

Dans «La transparence du temps», Leonardo Padura emmène le lecteur dans le milieu des marchands d’art de La Havane. Et à travers les siècles

Quand on aime un écrivain, qu’on le suit depuis longtemps, on éprouve une petite appréhension à la sortie de chacun de ses livres. L’auteur a-t-il su se réinventer tout en restant lui-même? Son dernier-né sera-t-il au rendez-vous de nos rêves? Après l’impression un peu mitigée laissée par Hérétiques, le précédent roman de Leonardo Padura, on hésitait à tout lâcher pour se plonger sans délai dans La transparence du temps. A tort. Ce nouvel ouvrage est une réussite, à tout point de vue. Il attribue en outre le premier rôle à Mario Conde, l’enquêteur fétiche de l’écrivain cubain, un personnage haut en couleur avec lequel les fans de Padura ont tissé de véritables liens d’amitié complices.

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Quand commence le roman, le 4 septembre 2014, Mario Conde ne va pas bien. Dans un peu plus d’un mois, l’ancien policier reconverti dans la recherche et l’achat de vieux livres aura 60 ans. Et cette échéance lui pèse. «Sur le point d’avoir soixante ans, qu’avait-il? Que léguerait-il? Rien de rien. Et qu’est-ce qui l’attendait? Le même néant au carré ou pire encore», se répète-t-il en nourrissant son chien Basura II, lui aussi devenu vieux.

Rhum et café

Un appel téléphonique, heureusement, vient le tirer de cette rumination morose. Bobby, alias Roberto Roque Rossel, un ancien camarade de lycée qui a réussi, le charge de retrouver la Vierge noire aux mystérieux pouvoirs que lui a dérobée un ex-amant au passé peu recommandable. Requinqué par la perspective d’enquêter à nouveau, carburant au rhum et au café tout en s’appuyant sur le soutien indéfectible de ses amis de toujours, Conde s’embarque dans une aventure pleine de rebondissements qui le conduira de la misère désespérante des bidonvilles des faubourgs de La Havane à la richesse insolente des marchands d’art et des nouveaux riches de la capitale. De quoi inspirer à Leonardo Padura quelques magnifiques pages sur cette ville qu’il a vue peu à peu se modifier au gré des crises, des pénuries et des nouvelles inégalités.

Strates du temps

Voilà pour l’histoire. Ou du moins l’histoire principale. Car Leonardo Padura ne s’en tient pas là. Comme le suggère son titre, c’est le temps et ses multiples strates qui d’abord l’intéressent. Et ce sont eux qui vont structurer le récit. Imbriquant de façon subtile passé et présent, vérité historique et fiction, l’écrivain nous livre par bribes, et en remontant jusqu’au XIIIe siècle, l’incroyable histoire de la statue volée et de ses prétendus miracles. Ces pouvoirs magiques iront-ils jusqu’à permettre à Mario Conde de se remettre enfin à écrire? Ils l’aideront, en tout cas, à mieux cohabiter avec ses fantômes.


ROMAN

Leonardo Padura

«La transparence du temps»

Traduit de l’espagnol par Elena Zayas

Métailié, 430 p.

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