Classique

Leonidas Kavakos et Yuja Wang, un duo fusionnel

Le violoniste et la pianiste ont donné un récital genevois où archet et touches ont formé un seul instrument

L’art de la musique de chambre tient de l’alchimie. Particulièrement en duo, où le rapport entre accompagnateur et soliste touche à l’équilibrisme. De la domination de l’un à l’effacement de l’autre, ou de l’incompatibilité de personnalités trop fortes, les associations heureuses ne sont pas si évidentes. Celle de Leonidas Kavakos et Yuja Wang fait mentir l’adage: la rencontre de ces deux stars atteint la fusion.

Comment des caractères si affirmés et des cultures si éloignées peuvent-ils offrir une telle symbiose musicale? Peut-être est-ce que la technique surpasse l’instrument. Mais aussi que l’approche est immédiate, instinctive et commune. Et que la pratique à deux n’est pas qu’occasionnelle mais rythmée de concerts réguliers, de tournées et d’un enregistrement salué des sonates de Brahms.

Un flux sans heurts

Il s’agit donc là d’esprit, d’idées, de sentiments et d’impressions partagés au plus haut degré, piano et violon unis dans un seul mouvement, véritables instruments d’une même expression. Ce ressenti commun si symbiotique pourrait tourner à la discussion intime. Il n’en est rien. Le jeu s’impose aussi naturellement à l’auditeur qu’il révèle les partitions dans un flux sans heurts.

La sonate de Janacek? Jamais râpeuse ou brusquée, mais tendue sur une ligne parfaitement fluide et souple. Elle, aérienne et scintillante. Lui, ancré dans l’introspection et le lyrisme. Ensemble, ils évoluent dans la maîtrise des chants et leur entrelacement constant.

Un discours sans cesse renouvelé

La Fantaisie D 934 de Schubert est un bonheur de sonorités aux bords du silence et d’articulation brillante, dans une narration toujours portée vers l’avant. Les divines longueurs schubertiennes, ennuyeuses? Avec eux, jamais. Le discours est sans cesse renouvelé, l’entente incroyable, la digitalité ébouriffante. On comprend que Yuja Wang ait été choisie pour remplacer Martha Argerich en 2007 à Boston. Elle en est la parfaite héritière. Aussi libre et bousculante.

Avec une sonate de Debussy de chair, de cœur et de lumière, aux couleurs franches et aux sonorités moirées, et la 7e Sonate de Beethoven lancée sans complexes vers des excès dynamiques parfois déstabilisants, les deux musiciens ont refait le monde musical. En parfaits maîtres du jeu.

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