Culture

Leonor Fini, entre grâce et profondeurs

En marge du Salon international du livre de Genève, la rétrospective consacréeau peintre révèle une artiste non seulement fascinée par la beauté gracile, mais préoccupée aussi par des pensées bien plus existentielles.

Pour qui aime les chats, les éphèbes à peau lisse et soyeuse, les corps féminins à peine voilés, on ne saurait trop recommander la visite de l'exposition consacrée à Leonor Fini (1908-1996), en marge du Salon international du livre de Genève. Toutefois, les amateurs des thèmes précités – des thèmes qu'on attend, puisque ce sont ses sujets favoris – seront déçus, car c'est d'une véritable petite rétrospective qu'il s'agit, représentative des différentes époques. Elle réunit plus d'une centaine de toiles, aquarelles et dessins, issus principalement de collections privées, ainsi que de nombreux ouvrages illustrés par l'artiste italienne. Et c'est une bonne surprise. Le visiteur tombe sur des travaux anciens peu connus ou sur de moins typés que la mémoire a laissé s'évanouir.

Mais c'est comme cela avec Leonor Fini. Elle galvaude son talent, fait montre d'une trop grande facilité et préfère jouer les Salvador Dali au féminin. Dans les dessins, elle s'appuie du reste sur le même coup de crayon fluide et habile que le peintre espagnol. Ce qui fait qu'on ne retient d'elle que le plus apparemment facile et le plus futile. Pourtant, c'est une peinture à dimension fortement philosophique qu'elle propose. D'une pensée identique à celle qui traverse des personnages comme Don Juan, le Marquis de Sade, ou Casanova dont on aperçoit les perruques dans ses compositions, penseurs à la fois épicuriens et cyniques. L'artiste, jeune, s'est nourrie de désenchantements, de révoltes et de tromperies. D'où son ambiguïté et son attirance pour l'inconscient et le surréalisme.

Née à Buenos Aires en 1908, rapatriée quelques mois plus tard à Trieste d'où sa mère était originaire, la fillette passa ses six premières années déguisée en garçon, pour déjouer les envies de kidnapping du père. Enfant chouchoutée mais impossible, renvoyée des écoles, elle se nourrit des trésors de la bibliothèque familiale et des influences à la fois viennoises et italiennes qui se télescopent à Trieste. Autodidacte, elle est marquée autant par la Renaissance florentine que par les visions écorchées de Max Klinger ou de Gustav Klimt. Et c'est en 1929 qu'elle expose pour la première fois, à Milan. Elle y fait la connaissance de Giorgio de Chirico. Elle partage avec lui la même fascination pour le temps arrêté; une sensation que le visiteur retrouve dans quelques-unes des toiles présentées.

Une atmosphère qui séduit beaucoup les surréalistes, lorsqu'elle arrive à Paris au début des années 1930. Anecdote: c'est Christian Dior, alors directeur d'une petite galerie, qui l'expose la première. Elle devient alors l'égérie des salons parisiens, satisfait de nombreuses commandes de portraits, crée des décors et des costumes pour le théâtre, pour des ballets et opéras. C'est son côté paillettes. L'exposition de Palexpo remet l'accent sur le côté plus sombre. Et le spectateur qui l'apprécie pour sa sophistication gracile, ne goûtera que mieux sa façon d'associer la fragilité et la peur, la vie et la mort.

Leonor Fini. Palexpo (Grand-Saconnex, Genève). Ts les jours 9 h 30-19 h, nocturne (21 h 30) vendredi 27 avril. Du 27 avril au 1er mai.

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