Un des blockbusters les plus attendus de ce début d'année, Le Dernier Samouraï, raconte dès demain sur nos écrans de cinéma l'épopée d'un vétéran de la guerre de Sécession, joué par Tom Cruise, qui se rend au Japon pour former des militaires à l'utilisation d'armes à feu, en vue d'affronter les derniers samouraïs à la fin du XIXe siècle.

On n'échappera donc pas ces prochains jours aux sabres et épées entrecroisés, dans des scènes de bataille parfois très spectaculaires.

Un des principaux défis qu'a dû affronter Edward Zwick, le réalisateur de ce film – qui n'est pas un opus expressément basé sur des effets spéciaux comme Matrix ou Le Seigneur des Anneaux – a été de créer l'œuvre la plus réaliste possible dans ses violentes scènes de combat à l'arme blanche.

Sur les bords du Saint-Laurent, au cœur du Vieux-Montréal. Pendant longtemps, l'endroit fut le principal port d'entrée pour les cargos en Amérique du Nord. Il en porte encore les traces architecturales, avec ses gros entrepôts de brique rouge et de bois où étaient stockées les marchandises. Aujourd'hui, contraste, se loge ici la Cité du multimédia. Un immeuble cossu fin XIXe abrite une des entreprises les plus performantes au monde en matière de conception de logiciels pour effets à trois dimensions: Discreet, dans un décor high-tech où l'on fournit gratuitement des fruits aux employés, pour leur santé. Souci hygiénique qui tranche singulièrement avec ce décor froid, où des centaines d'écrans d'ordinateur se font face les uns aux autres.

Un outil

Alain Bourget, directeur des communications: «Nous ne fabriquons aucun contenu, mais des outils pour créer des contenus.» Ainsi du logiciel «3ds max», sans lequel le résultat en postproduction du Dernier Samouraï aurait sans doute été nettement moins crédible, «condition sine qua non pour le succès d'un tel blockbuster, de nos jours». Digital Dimension, le studio de postproduction canadien qui a travaillé avec ce logiciel, a notamment finalisé bon nombre des séquences de combat du Dernier Samouraï d'Edward Zwick (dès mercredi sur les écrans romands) en intégrant des sabres et des lances simulés en trois dimensions sur des scènes réellement tournées, mais sans armes. Comme les acteurs des Jurassic Park ont évidemment joué sans les dinosaures.

«Le digital n'est pas un but en soi»

«3ds max» a d'abord été utilisé pour réaliser la texture et le design des épées des samouraïs. Puis ces objets, créés à l'ordinateur, ont été «fondus» dans les mains des acteurs directement sur la pellicule par des techniciens en postproduction. Ceux-ci ont dû veiller à ce que l'éclairage et la réflexion de la lumière sur ces objets purement numériques correspondent à l'éclairage réel des scènes d'action.

Résultat: aucun blessé sur le plateau mais, surtout, des visions d'un très grand réalisme à l'écran où l'on voit des armes percer des corps humains de part en part. Comme dans Le Seigneur des Anneaux, par exemple, mais où bien d'autres effets, évidemment, justifient le genre fantastique du film tiré de la saga de Tolkien. Ce qui n'est pas le cas du Dernier Samouraï, puisqu'on a affaire ici à une épopée historique, où le réalisme demandé par l'histoire exige l'invisibilité de ces effets impossibles à obtenir en tournage réel. Les logiciels de Discreet permettent donc d'augmenter les performances visuelles aujourd'hui demandées par le jeune public, notamment.

«Le digital n'est pas un but en soi, poursuit Alain Bourget, mais il permet de faire des choses qui étaient tout simplement impossibles auparavant et qui se sont banalisées depuis le premier Jurassic Park (1993), avec ses dinosaures virtuels. Si ce dernier était d'ailleurs réalisé à notre époque, on le ferait probablement trois fois plus rapidement, il serait plus raffiné, avec moins de retouches et moins d'étapes dans tout le travail de postproduction qui s'effectue après le tournage proprement dit.» De quoi mesurer les progrès sidérants effectués dans le domaine en une décennie.

Les poils de Pollux

A tel point qu'encouragé par la promotion économique de l'Etat du Canada, le Québec occupe aujourd'hui environ 80% de parts de marché dans le domaine de la conception de logiciels permettant de réaliser des effets en trois dimensions*. C'est d'ailleurs à quelques pas de là, dans le quartier artistico-branché de Montréal, boulevard Saint-Laurent, qu'est née une autre entreprise du même type, Softimage, en 1986, dont un logiciel a été utilisé dans X-Men ou Gladiator, notamment pour la conception entièrement virtuelle du Colisée. Mais le plus spectaculaire est à venir. Car Softimage est aussi monté dans Le Manège enchanté, dessin animé complètement en 3D dont la sortie est prévue début 2005.

Le défi à relever pour les 50 personnes qui auront travaillé pendant trois ans à 100% sur la postproduction de cette petite madeleine télévisuelle? «Vous n'allez pas me croire: les poils. C'est ce qu'il y a de plus difficile à concevoir en images de synthèse, relève Brett Lush, du marketing de Softimage. Car aujourd'hui, si le contenu 3D est de plus en plus riche, le spectateur doit en être de moins en moins conscient, afin de préserver l'illusion et la magie du récit. Et Pollux, le fameux chien compagnon de Zébulon et Azalée, ce n'est que des poils!»

Signalons que se tient encore jusqu'à demain à la Cité des sciences de La Villette, à Paris, le Forum

canadien sur l'entreprise de la culture, qui regroupe des représentants de toutes sortes d'industries culturelles canadiennes, dont celles spécialisées dans l'animation 3D. Rens. 00331 40 05 80 00 (lire LT des 18 et 22.12.2003).