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Un concert de Deep Purple à Montreux en 2016.
© ANTHONY ANEX/KEYSTONE

Musique

A l’EPFL, la mémoire populaire du Montreux Jazz

Responsable de la numérisation des archives audiovisuelles du festival, dont la 52e édition s’ouvre ce vendredi, le Centre MetaMedia inaugure un programme de récolte de témoignages visant à comprendre comment le cours de milliers de biographies a été bouleversé par l’événement vaudois

Pour accéder au Centre MetaMedia (MMC), on transite par une suite de couloirs impersonnels ouvrant sur un espace seulement accessible par badge électronique. C’est là, dans un territoire peuplé d’ordinateurs et de machines endormies, que fut pilotée la vaste entreprise de numérisation des archives du Montreux Jazz Festival. Un ensemble inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco totalisant 5000 heures de concerts, enregistrés sur des formats différents et que le programme Montreux Jazz Digital Project s’est appliqué à numériser durant sept ans.

Mais lors de cette tâche colossale, une question inattendue s’est imposée: «Quand on évoque ce rendez-vous musical fameux, on parle de quoi?» Moins de musique que d’une aventure humaine qui, depuis cinquante ans, impacte toute une population.

Désenclaver le mythe

Chaque visiteur du Montreux Jazz, comme quiconque y ayant un jour travaillé, possède une histoire personnelle liée à ce bout de la Riviera vaudoise. Au cours de son demi-siècle d’épopée, l’événement lémanique a en effet précipité un nombre sidérant de romances durables ou fugitives, de mariages, de naissances, d’amitiés stables (ou pas), mais aussi de drames intimes, d’idées originales, d’initiatives privées, de deals décisifs…

L’EPFL et la Fondation Claude Nobs souhaitent ouvrir ce patrimoine au monde des sciences humaines

Alain Dufaux, directeur des opérations et des développements du MMC

Indéniablement, le «rêve» de Claude Nobs a marqué des biographies bien au-delà des grands frissons artistiques éprouvés au casino ou au Stravinski. Par conséquent, traiter du «plus célèbre festival du monde», c’est moins convier les souvenirs laissés par les stars pop qui y ont défilé que considérer la somme des mémoires individuelles qui s’y est progressivement forgée. C’est cette «mémoire» que désire collecter aujourd’hui le MMC.

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Sous la loupe des sciences humaines

«Depuis 2010, le Montreux Jazz Digital Project s’est consacré à la numérisation et à la valorisation des archives audiovisuelles du Montreux Jazz Festival à travers de multiples projets d’innovation lancés dans les laboratoires de l’EPFL, synthétise Alain Dufaux, directeur des opérations et des développements du MMC. Le Montreux Jazz Café sur notre campus est le seul endroit durant l’année où le public peut découvrir ces archives, soit par le biais d’iPad et de cabines de consultation, soit à l’intérieur du Montreux Jazz Heritage Lab, un espace permettant de revivre les concerts en immersion visuelle et sonore.

»Aujourd’hui, en addition à l’enrichissement technologique de la collection par les chercheurs de notre école, l’EPFL et la Fondation Claude Nobs souhaitent ouvrir ce patrimoine au monde des sciences humaines, notamment dans les domaines de la musicologie, de l’histoire et de la sociologie où des collaborations universitaires vont démarrer prochainement. Il s’agira d’étoffer la collection audiovisuelle par des témoignages qui permettront réellement de construire la mémoire du festival et d’en étudier l’impact sur la population.»

Dimension populaire

«Il n’existe pas encore d’histoire à proprement parler du Montreux Jazz Festival, et nous pensons qu’elle mérite qu’on s’y attarde et qu’on la fasse, explique Alexandre Camus, sociologue de l’innovation et assistant scientifique au MMC. Le mythe Montreux est charmant, mais nous pouvons faire plus pour la communauté. Pour cela, nous lançons un projet de collecte et de mise en valeur de la mémoire du festival: Montreux Jazz Memories.

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»Dans ce but, en collaboration avec la Fondation pour la sauvegarde du patrimoine audiovisuel de la Radio Télévision Suisse (Fonsart), nous avons développé une plateforme en ligne ouverte au public sur laquelle tous les membres de la communauté du festival pourront déposer leurs souvenirs. En parallèle, nous commençons à enregistrer des témoignages auprès de celles et ceux qui ont fait l’histoire du Montreux Jazz. Notre idée est d’élargir la communauté impliquée dans la production d’une histoire collaborative du festival en mettant l’accent sur sa dimension populaire. Comme dans tout projet de numérisation de patrimoine culturel, aux côtés des sciences pour l’ingénieur, les sciences sociales peuvent apporter leur contribution à l’édifice.»

Immersion et réalité virtuelle

Durant cette quinzaine, chacun est ainsi invité à venir livrer un témoignage audio dans le studio d’enregistrement situé sur le stand du Montreux Jazz Digital Project, au cœur du 2m2c, là même où s’appréciait auparavant le Jazz Club. A proximité, un espace immersif installé dans une voiture, dont le prototype a été présenté l’année passée, permettra de revivre des concerts extraits de la collection des enregistrements numérisés. Le foyer du Stravinski accueillera quant à lui un dispositif offrant de goûter au show en cours, ainsi qu’à ceux donnés les jours précédents, en réalité virtuelle live streaming.

«A proximité sera aussi présenté notre projet de stockage à long terme des archives du Montreux Jazz sur de l’ADN synthétique», précise Alain Dufaux. Pendant ce temps, de Clarens à Territet, de Caux aux quais du festival, des équipes du MMC munis d’enregistreurs portables glaneront, chaque jour davantage, un peu de la mémoire vive du Montreux Jazz. «Comment et pourquoi ce lieu a impacté votre existence?» Soigneusement, on médite sur la question…

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