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L’errance littéraire d’un juste

Dans «Nous n’avons pas vu passer les jours», Simone Schwarz-Bart revient sur sa vie aux côtés de son mari André, auteur du «Dernier des justes». Une errance littéraire, poétique et philosophique dont Lausanne fut une importante escale

«Je n’ai qu’à fermer les yeux et la phrase de Karen Blixen arrive: «J’avais une ferme en Afrique…» La mienne était à Pully, chemin du Faublanc.» Milieu des années 1960. La France littéraire n’est toujours pas remise du choc causé, en 1959, par l’attribution du Prix Goncourt au Dernier des justes, le premier roman d’un auteur inconnu, André Schwarz-Bart. Aux côtés de cet ex-résistant, à la fois rongé et porté par la douleur de la Shoah, dans laquelle furent engloutis ses deux parents et deux de ses frères, celle qui deviendra son épouse l’accompagnera face à toutes les épreuves, jusqu’à se réfugier avec lui au bord du lac Léman.

Simone Schwarz-Bart est Guadeloupéenne, née en Charente-Maritime en 1938, dix ans après celui dont elle épousera le destin de reclus, à jamais traumatisé par l’horreur de l’histoire et la puissance de son œuvre. «Dès notre première rencontre, André m’avait parlé du roman qu’il avait remis au Seuil, après un travail long et exténuant, écrit-elle dans ses Mémoires, Nous n’avons pas vu passer les jours (Ed. Grasset). Il semblait léger ce jour-là, un peu perdu cependant, comme un coureur de grand fond […]. Les phrases ressemblaient à des balles que nous lancions pour que l’autre les attrape afin que la vie passe plus vite et que, surtout, nous ne nous quittions plus.»