Il restera dans les annales ne serait-ce que pour sa trajectoire atypique. Quel autre acteur canadien, jeune premier hollywoodien des années 1950 devenu une figure passe-partout de la TV, a su se réinventer à 60 ans passés pour devenir l’un des plus fameux comiques de l’écran? Vedette tardive, Leslie Nielsen a fini par s’éclipser dimanche à 84 ans, en Floride où il était traité pour une pneumonie, après deux décennies de gloire «senior».

Unique, Nielsen l’est vraiment devenu en 1982, à travers le rôle de Frank Drebin, flic gaffeur aux cheveux blancs et au sérieux imperturbable de Police Squad!, série parodique des «ZAZ» (les frères David et Jerry Zucker et leur associé Jim Abrahams). Depuis l’inspecteur Clouseau de Peter Sellers, on n’avait plus vu ça! Bouclée en seulement six épisodes, la série connut un succès phénoménal ressuscitée sur grand écran pour trois films intitulés The Naked Gun (Y a-t-il un flic pour…?). En français, son impact comique fut d’autant plus grand que Nielsen était doublé par la même voix que… Clint Eastwood.

La revanche du fils de flic

Avant de libérer son clown intérieur, Leslie Nielsen était né en 1926 à Regina dans la province du Saskatchewan. Fils d’un officier de la police montée, il effectua son service militaire dans l’armée de l’air puis œuvra comme présentateur et DJ radio. Monté à Toronto puis New York pour devenir acteur, il étudia avec les meilleurs professeurs avant de débuter à la télévision (en direct) du début des années 1950.

Repéré par Hollywood, il y signe un contrat avec MGM qui lui vaut de figurer en vedette d’une poignée de films, dont la fameuse SF Planète interdite et le western humoristique La Vallée de la poudre, face à Glenn Ford. Mais dès 1959, c’est retour à la case TV pour ce leading man conventionnel. Il y multiplie les apparitions dans les séries à succès (Alfred Hitchcock présente, Le Fugitif, Dr. Kildare, Columbo, etc.) tout en jouant dans une poignée de films et téléfilms oubliables. Seuls rôles vraiment mémorables: son capitaine dans le film catastrophe L’Aventure du Poséidon (Ronald Neame, 1972) et son candidat populiste dans le satirique Meurtres en direct (Wrong Is Right, Richard Brooks, 1982).

Peu mise en valeur jusque-là, sa veine comique éclate en 1980 avec un rôle de médecin dans Y a-t-il un pilote dans l’avion?, première parodie des ZAZ. Après la trilogie Y a-t-il un flic pour sauver la Reine/le président/Hollywood? (1988-1994) , plus rien ne sera pareil. Un Dracula, mort et heureux de l’être (Mel Brooks) encore passable et un Mr. Magoo raté plus tard, un Nielsen guetté par la limite d’âge galvaude sa popularité en multipliant les parodies plus vulgaires que drôles: Agent zéro zéro (Spy Hard), Le Détonateur (Wrong­fully Accused), Y a-t-il un flic pour sauver l’humanité (2001: a Space Travesty) et Scary Movie 3 et 4 (de David Zucker, en président américain ). Qu’importe, sa bouille ahurie et son optimisme intact après avoir subi les pires indignités nous auront bien fait rigoler.