Scènes

L’esprit frappeur de Dimitri à Genève

Les enfants du clown offrent au Théâtre de Carouge un spectacle délicieux, comme sur les tréteaux d’antan, à voir jusqu’à dimanche

Une farce de famille au Théâtre de Carouge, jusqu’à dimanche. Un air doux, drôle, facétieux, comme sur les tréteaux d’antan. Une boîte à jouets dévoile son sortilège, un petit chasseur d’hôtel dresse une tête effarée de Playmobil. Un instant, vous croyez voir Dimitri, cet artiste qui disait toujours chercher l’enfant chez le spectateur, ce radieux qui voulait que chaque geste soit pur, ce perfectionniste lunaire à la ville qui exigeait que tout sorte de soi, le chant, le quiproquo, la gaucherie qui est la noblesse du clown, l’âme au fond.

Dimitri s’est effacé au mois de juillet passé. Le Playmobil qui vient de poindre le bout de son chapeau est son petit-fils, Samuel Müller Dimitri. Autour de lui, sa mère Nina Dimitri, sa tante Masha Dimitri et l’amie de toujours Silvana Cargiulio. Ce quatuor décline la substance de son art. Une manière tendre d’être au monde et sur les planches, à contre-courant, parce que c’est parfois mieux ainsi.

Un clown au piano

Le quatuor aurait pu renoncer à cette Famiglia Dimitri, conçue avec le maître de Verscio qui y tenait son rôle. Ils ont repris leur poème au mois d’août, trois semaines pour réinventer son sens, sa nécessité sans doute, raconte Masha Dimitri après la représentation. «Papa aurait exigé qu’on joue le lendemain même de sa disparition.» En scène, Masha suspend le temps sur un fil souple, mutine comme la bohémienne des contes.

Mais voici qu’un clown au ventre copieux et au frac cérémonieux s’assied devant un piano droit, on se croirait chez Frédéric Chopin. C’est la merveilleuse Silvana Cargiulo qui plaque des doigts augustes sur un clavier bientôt capricieux, histoire d’accompagner une cantatrice bâtie comme une nageuse. Le piano a des vapeurs. La chanteuse des humeurs. La cacophonie est irrésistible.

«Ce que m’a transmis mon père? La simplicité»

Vous en voulez encore? C’est un classique, mais on n’y résiste pas. Le clown revient en cygne, dans un tutu ébouriffé, affublé d’un bec de perroquet. Il tente une élévation, un petit saut, un pas de bourrée et il échoue comme un pauvre phoque invité au bal des cygnes. Surgit un amateur de belles plumes qui ébauche une romance avec l’oiseau mal luné. Il faut les voir, patauds, tenter une révérence digne de Tchaïkovski. Mais patatras, ils s’échouent en coulisses.

«Ce que m’a transmis mon père? La simplicité, confie Masha Dimitri. Il n’aimait pas les spectacles qui recourent à la technologie. Il voulait faire rire, mais que l’humour ne soit jamais bas et provocateur. Il espérait que le spectateur repenserait le lendemain à ce qu’il avait vu, qu’il serait touché durablement par un numéro.»

Le vol du papillon

Mais voici que la boîte à jouets s’ouvre de nouveau. Un tournesol y prend ses aises. Un clown miniature (une marionnette) à la frange paille vous salue. Cette fois, pas de doute, c’est Dimitri qui s’invite en douce. Un papillon volète au bout d’une perche. L’esprit du clown, tout ce qu’il aimait. Nina Dimitri dirige à présent la fanfare familiale. Un concert de cordes et de mines ébahies. «Chez nous, on se méfie du conflit, raconte Masha, on n’a pas été formé pour se disputer, on cherche l’harmonie.» L’harmonie est le trésor de Famiglia Dimitri.


Famiglia Dimitri, Théâtre de Carouge, rue Ancienne 43, jusqu’à dimanche, loc. http://tcag.ch

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