Essayiste, historien des idées et théoricien de la littérature, spécialiste de l’altérité et du totalitarisme en Occident, chercheur et professeur, Tzvetan Todorov est mort. Il était né le 1er mars en 1939 à Sofia en Bulgarie. Devenu Français en 1973, après des études à Paris, il fonde avec Gérard Genette la revue «Poétique». Il a été marié jusqu’en 2014 avec la romancière et essayiste Nancy Houston.

Des intérêts divers

On doit à Tzvetan Todorov la traduction d’ouvrages de linguistique des formalistes russes, de nombreux traités de théorie textuelle et littéraire («Les Genres du discours», «Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage» avec Oswald Ducrot). Il développe la thématique de l’altérité dans le discours en mettant en lumière des récits indiens dans «La Conquête de l’Amérique» et «Récits aztèques de la conquête».

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Essayiste prolifique et curieux, il s’intéressera à la peinture hollandaise («Éloge de l’individu: essai sur la peinture flamande de la Renaissance», «L’Art ou la vie!: le cas Rembrandt»), à Jean-Jacques Rousseau («Frêle bonheur: essai sur Rousseau»), Benjamin Constant («Benjamin Constant: la passion démocratique») et, plus largement à l’héritage du siècle des lumières («L’Esprit des Lumières») ainsi qu’à la littérature fantastique («Introduction à la littérature fantastique»).

Un point de vue moral

Il développera un point de vue moral sur l’histoire des idées, que l’on retrouve notamment dans «Nous et les autres», «La Peur des barbares: au-delà du choc des civilisations», «Les Ennemis intimes de la démocratie» et «Insoumis». Il a posé des jalons utiles, non seulement pour lire l’histoire mais aussi pour décrypter l’actualité.

Sur la «barbarie» de l’époque, il écrivait: «Elle ne comprend qu’une seule catégorie d’individus: ceux qui nient l’humanité des autres», tandis que la civilisation était pour lui, écrivait-il en 2008 dans «La Peur des Barbares», «la capacité à saisir la différence de l’autre». Et il appelait dans le même ouvrage à ce que «les élites occidentales cessent de se considérer comme une incarnation du droit, de la vertu et de l’universalité; de se mettre au-dessus du jugement des autres.»