La nouvelle lance un froid sur la Genève culturelle. Pour la première fois depuis leur création en 1990, l'Etat n'attribuera pas de contrats de confiance à des compagnies de théâtre, de danse et/ou de musique. Ces contrats assurent aux bénéficiaires un soutien financier qui varie selon les cas, qui peut atteindre plus de 100 000 francs sur une durée de trois ans renouvelable deux fois. En moyenne, trois nouveaux bénéficiaires étaient choisis chaque année. Trente-neuf dossiers de candidatures avaient été déposés l'été dernier. La commission ad hoc du Département de l'instruction publique (DIP) devait rendre ses choix en novembre. Avec trois mois de retard, les troupes viennent de recevoir une lettre signée Martine Brunschwig Graf, conseillère d'Etat, responsable du DIP: «L'Etat de Genève est actuellement sans budget et ne peut prendre, dans un tel contexte, de nouveaux engagements financiers. Je me vois donc contrainte de surseoir, pour 1999, à l'attribution de nouveaux contrats.» Rendez-vous y est également pris en automne où la procédure de sélection devrait reprendre pour la saison 2000.

La culture genevoise paie donc les conséquences de la votation du 20 décembre dernier lors de laquelle le peuple a rejeté le projet de rétablissement des finances publiques. L'attente des milieux du théâtre et de la danse était évidemment très forte et la déception est de taille. Raoul Pastor, qui a déménagé en septembre son théâtre des Amis à Carouge dans une nouvelle salle de 80 places, est effondré: «Cinq mille spectateurs ont suivi nos spectacles depuis septembre, mais nous avons besoin d'appui. Nous comptions énormément sur le contrat de confiance. Sans cela, je ne sais pas si nous pourrons tenir le coup.»

Si aucun nouveau contrat n'est octroyé, qu'en est-il de ceux en cours? Le Teatro Malandro, la Compagnie des Basors, le Théâtre Spirale, sont notamment concernés. Si la compagnie de danse 100% Acrylique voit son contrat interrompu après six ans, les autres se voient soumis au régime du douzième provisionnel qui est le lot commun de tous les autres bénéficiaires de subventions cantonales, depuis le fameux 20 décembre. Le DIP ne dispose que d'un demi-budget censé couvrir les six premiers mois de 1999. Le versement des sommes – fixées sur celles allouées en 1998 – est découpé en tranches selon un calendrier qui varie de compagnie à compagnie, selon leurs engagements. Le nouveau budget 1999, voté en juin, devrait assurer la suite.

Cette situation critique ne doit pas masquer le problème de fond que rencontrent les contrats de confiance. Trois institutions – et pas des moindres – ont en effet bénéficié durant neuf ans de ce type d'aide. Il s'agit du Théâtre du Loup, des Ateliers d'ethnomusicologie et de Contrechamps, association pour la musique contemporaine. En théorie, il n'est plus possible pour ces piliers de la vie culturelle genevoise de bénéficier d'un quatrième contrat. Seulement voilà, l'aide reçue durant presque une décennie est devenue essentielle à leur fonctionnement et à leur rayonnement actuel. On a du mal à croire que l'Etat se soit lancé dans l'aventure sans prévoir la sortie du processus par les bénéficiaires. Mais telle est bien la situation.

Martine Brunschwig Graf entend remettre le système à plat. Telle serait la véritable raison de l'interruption de l'octroi de nouveaux contrats de confiance: «Il m'a semblé impossible de poursuivre alors que nous n'avons pas encore trouvé de solutions de sortie pour les trois institutions en cause. On entrerait alors dans une spirale infernale. Le budget de l'Etat ne peut pas être perpétuellement augmenté pour accueillir ceux qui arrivent au terme de leur contrat…» Il semble en même temps inimaginable de condamner ces trois associations, car c'est bien ce qui risquerait d'arriver en cas de cessation du versement de l'aide: «Il faudrait interrompre les parutions, arrêter les stages d'été, diminuer les ateliers qui attirent deux cents élèves, diminuer le nombre de concerts…», s'alarme Laurent Aubert, directeurs des Ateliers d'ethnomusicologie.

Est-ce que la véritable intention du DIP serait de mettre un terme au système? «Bien sûr que non. Aucun signe ne va dans ce sens», assure Jean-Pierre Ballenegger, délégué aux affaires culturelles. Reste à trouver des solutions. Patrick Mohr de la Compagnie Spirale, qui bénéficie d'un contrat de confiance de 120 000 francs depuis six ans, en avance quelques-unes: «Les contrats de confiance nous permettent d'être des partenaires financiers et non pas des assistés. Grâce à cette assise de départ, on peut aller dénicher des tournées et mettre sur pied des coproductions. Au terme des neuf ans, les troupes qui seraient toujours actives et de qualité pourraient toucher une somme moindre et renégociable.»