La trahison amoureuse provoque sous toutes les latitudes le même type d'effroi et les mêmes lancinantes interrogations. La délivrance viendra-t-elle ou pas? Aux frustrations que déclenche l'adultère s'ajoute un bloc d'inquiétudes qu'un Pirandello, par exemple, a très bien su ancrer dans ses nouvelles et pièces. L'Etau, donné au Théâtre du Grütli, à Genève, dans la mise en scène de Jean-Frédéric Schlicklin, en est un exemple.

Andrea (Philippe Lüscher) qui surprend un soir son épouse Giulia (Caroline Cons) avec son amant Antonio (Georges Grbvic) décide de confondre sa femme. Schéma classique auquel le metteur en scène donne une suite qui, elle, reste inattendue. Prenant donc appui sur le canevas de Pirandello, Schlicklin a rédigé une courte pièce, L'Alternative, dans laquelle il garde le dialogue de l'auteur sicilien, mais permute les rôles imaginés par ce dernier. Sous sa plume, c'est donc Andrea qui trompe son épouse Giulia, mais attention! sa trahison il la consomme avec un homme. Andrea est donc «pédé», et son amant s'appelle Antonio.

Pirandello situe sa pièce en 1900, Schlicklin en 2001. D'une version à l'autre, les mœurs ont évolué. Andréa est devenu homme au foyer, écrivain désœuvré supplanté par l'ambition de son épouse Giulia qui passe du personnage de la mère enchaînée à celui de femme d'affaires avertie. Leur profession a altéré leurs rapports sentimentaux sans rien changer aux craintes que ceux-ci suscitent. L'intérêt du spectacle ne réside pas dans la confrontation de deux libidos, l'une hétéro, l'autre homo, mais dans la construction d'une double histoire où croît l'impression d'une menaçante irréalité de l'amour. Pas d'«alternative» à cet «étau» dont les mors se resserrent sur les personnages très bien portés par les trois acteurs (auxquels il faut ajouter Françoise Sage, dans le rôle d'une servante). Les mêmes jouent les deux pièces en y mettant la violence des amoureux gênés par leurs liens, et la fragilité des désespérés qui essaient d'éclairer leur nuit. Jean-Michel Broillet leur offre un décor à la mesure de leur enfermement: un cube blanc réduisant à trois ou quatre mètres leur espace de liberté.

«L'Étau.» Genève, Théâtre du Grütli. Jusqu'au 1er avril. Loc.022/328 98 78.