Il y a deux semaines, Alain Berset annonçait en conférence de presse qu’en ce qui concerne les grandes manifestations estivales, et malgré les attentes légitimes des organisateurs, le Conseil fédéral avait décidé de communiquer ultérieurement, après s’être fait «une vision globale». C’est désormais chose faite: le ministre de la Culture a enfin dévoilé le plan du gouvernement, même si plusieurs grands événements musicaux (Paléo, Montreux Jazz, Verbier Festival) avaient déjà décidé d’annuler leur édition 2020.

Jusqu’au 8 juin, les lieux de divertissement et de loisirs, comme les cinémas, les salles de concert et les théâtres, resteront fermés. Seuls les musées, s’ils respectent les normes sanitaires et de distanciation, pourront rouvrir leurs portes à partir du 11 mai. Mais il ne fait aucun doute que certains décideront de reporter leur réouverture. La Fondation de l’Hermitage, à Lausanne, vient par exemple d’annoncer qu’elle serait fermée cet été et que l’exposition initialement prévue (Arts et cinéma) serait présentée à la rentrée.

Reste donc la question des manifestations en dessous de 1000 personnes. Celles-ci devront encore patienter un mois. Le Conseil fédéral se laisse en effet jusqu’au 27 mai pour prendre une décision. A cette date sera également annoncé si les théâtres et cinémas peuvent reprendre leurs activités le 8 juin, en respectant bien entendu les normes d’hygiène et de distanciation.

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Les petits festivals dans l’attente

Cette jauge des 1000 personnes a définitivement sonné le glas des grands festivals de musique comme le Caribana, l’Estivale ou le Bad Bonn Kilbi qui ont, sans surprise, renoncé à leurs éditions 2020. Mais elle laisse donc parallèlement les plus petits événements dans le flou et l’attente. «Trois nouvelles semaines d’incertitude», résume Xavier Meyer, directeur du festival Les Georges, prévu du 15 au 20 juillet à Fribourg. Le communiqué d’annulation était prêt – il reste pour l’instant dans les tiroirs. Le comité va étudier la possibilité de réorganiser ses six soirées, qui rassemblent habituellement 3000 personnes. «Heureusement, nous avons encore le temps d’analyser la faisabilité de cette option, et la considérerons dans la mesure où elle ne nous met pas en péril financièrement.»

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Si 1000 personnes peuvent bel et bien se réunir, les festivaliers seront-ils de la partie? Devront-ils se tenir à 2 mètres de distance, porter des masques? «L’équation comporte beaucoup trop d’inconnues», estime Greg Fischer, directeur du Venoge Festival, qui a préféré tirer la prise. «C’est une grande prise de risque», estime-t-on au Nox Orae de La Tour-de-Peilz, qui semble prendre le même chemin.

Le PALP, rendez-vous protéiforme valaisan, choisit l’optimisme: le festival aura lieu, même s’il doit être entièrement repensé. «Nous travaillons sur de nouveaux projets à taille humaine, comme des parcours sur les bisses avec des départs de petits groupes toutes les vingt minutes», détaille le directeur, Sébastien Olesen. La taille des fameuses Rocklettes, concerts de rock dans les hauteurs du val de Bagnes, sera quant à elle revue à la baisse. Avec un seul objectif: animer coûte que coûte l’été valaisan. «Il y aura quand même du tourisme, des musiciens à faire vivre et un public demandeur d’événements!»

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Lucerne annule, le Septembre Musical espère

La plus prestigieuse des manifestations de musique classique renonce: le Lucerne Festival (prévu du 14 août au 13 septembre) n’aura pas lieu. Après avoir espéré jusqu’au dernier moment pouvoir présenter sa programmation, le directeur, Michael Haefliger, s’est déclaré «profondément attristé» par cette décision «douloureuse», bien qu’ils aient tous «lutté jusqu’à l’extrême limite pour maintenir l’édition dédiée cette année à la joie». De son côté, le festival Menuhin de Gstaad n’a encore rien annoncé, alors qu’il doit se dérouler du 17 juillet au 8 septembre.

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Quant au Septembre musical (22-30 septembre), Mischa Damev attend la décision de son conseil de fondation. «Nous ne pouvons rien dire à ce stade. Nous vivons au jour le jour. Par respect pour le public et les artistes, je n’imagine pas proposer un festival au rabais pour ses 75 ans, avec de petits concerts dans des conditions distantes. D’autant que l’Autriche, représentée cette année, est aussi défendue à travers des soirées théâtrales, des expositions et d’autres activités culturelles. J’imagine que nous devrons reporter si les choses n’évoluent pas d’ici à l’ouverture.»

La Bâtie soulagée

Et les arts vivants? Sur le front des festivals, le soulagement l’emporte. Directeur de La Bâtie – Festival de Genève, Claude Ratzé redoutait de devoir annuler le rendez-vous de la rentrée. Il devrait rallumer la flamme, du 28 août au 12 septembre. «Si les théâtres rouvrent, l’enjeu sera de trouver les bonnes solutions pour assurer la distanciation sociale, explique-t-il. A Taïwan, des salles sont de nouveau en activité: on prend la température des spectateurs à l’entrée et on impose masques et distance.» Certitude: le festival ne ressemblera pas à ce qui était prévu. Des coproductions internationales ne verront pas le jour. «Les restrictions de voyage vont peser.»

A Nyon, Véronique Ferrero Delacoste se veut optimiste pour le très prisé far° en août. La directrice explique qu’au vu de la souplesse des propositions artistiques, privilégiant pour certaines le plein air, elle devrait pouvoir sauver cette édition.

La rentrée, elle, promet d’être chamboulée. Codirecteur de la Comédie, Denis Maillefer estime désormais difficile d’inaugurer le nouveau bâtiment le 19 septembre. «Le chantier est toujours à l’arrêt, il devrait redémarrer la semaine prochaine, mais à quel rythme? On espère toujours la bonne surprise.» A Vidy, Vincent Baudriller mise sur une ouverture de saison le 23 septembre. «Le 27 mai, le Conseil fédéral fera d’autres annonces, qui pourraient peut-être impliquer la réouverture des théâtres le 8 juin. On va vers le mieux, pas vers le pire.»

La rentrée littéraire se dessine

Covid-19 ou pas, les deux grands moments romands du livre – le Livre sur les quais à Morges et le Salon du livre à Genève – sont en mutation. Le festival morgien est désormais sous la responsabilité d’une fondation et doté d’une nouvelle directrice, Fanny Meyer. Le Salon du livre inaugure cette année une formule automnale, du 28 octobre au 1er novembre, sous la direction de Natacha Bayard, qui confirme, pour l’heure, sa tenue: «S’il faut prendre des mesures sanitaires spéciales, nous les étudierons le moment venu. Pour l’instant, on espère, on y croit.» Et de noter que l’annonce de la réouverture des librairies le 11 mai est une première bonne nouvelle pour le livre, «qui n’est pas un domaine où l’argent coule à flots».

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Fanny Meyer affronte de son côté, avec un nouveau conseil de fondation, beaucoup d’incertitudes. La manifestation, qui a attiré l’an passé 40 000 visiteurs, est prévue 4 au 6 septembre, juste après la levée de l’interdiction. «Ça donne une direction», dit-elle, prudente, à propos de l’annonce du Conseil fédéral. «Depuis le début de la mise en place de cette nouvelle édition, nous avons le coronavirus en tête. On avance tout de même.» Dans le monde qui se dessine, l’avenir de la grande tente aux 200 auteurs où se pressent nombre de visiteurs est incertain, mais l’annulation n’est pas à l’ordre du jour.


Correction (30 avril 2020): Une précédente version de cet article annonçait une date erronée pour la réouverture des lieux de divertissement.