Depuis 1994, le Festival de la Rote Fabrik se veut une réponse exigeante à une Street Parade jugée trop consensuelle.

Organisé en réaction à la Street Parade et à Energy, jugées trop consensuelles en termes de choix musicaux, le Festival Lethargy propose depuis 1994 une programmation plus pointue, même si elle tente de couvrir un spectre stylistique très étendu. Installé dans les locaux

de la Rote Fabrik, il a su, au fil des ans, se profiler en tant qu'étape majeure de l'agenda électronique suisse.

Toutefois, le millésime 2001 laisse un souvenir en demi-teinte. Si l'on eut droit à quelques bonnes surprises, les têtes d'affiche ont pour la plupart cédé à un certain laisser-aller: ce fut le cas, par exemple, de Decomposed Subsonic, étoiles montantes de la techno de Cologne, et dont le récent album Blaue Löwen laissait attendre une prestation toute en délicatesse. Hélas, leur concert se résuma à un brouet informe, une house épaisse en complète contradiction avec leurs productions studio. Tout comme Jimi Tenor laissait un goût amer à ceux qui s'attendaient à un show digne de sa prestation totalement loufoque du Festival Sònar, l'an passé à Barcelone, lorsqu'il arriva sur scène juché sur un cheval: de loufoquerie, il n'en fut question que dans la mesure où le kitsch peut lui servir d'ersatz.

C'est plutôt en arrêtant son choix sur des formations encore confidentielles que Lethargy a cette année partiellement comblé les attentes de son public. Ainsi de Detroit Grand Pubhas, révélation de l'édition 2001: avec son hip-hop vaguement inspiré de Mike Ladd et de

ses compères du label américain Ozone, le collectif a fait montre samedi d'une inspiration décalée, jouant avec bonheur sur une corde humoristique pourtant extrêmement délicate à manier dans le cadre de la musique électronique.

Même impression de bonheur en suivant le travail de DJ Godfather, artiste des platines au travail pointilliste, et qui a su faire accepter par le public une suite de breakbeats a priori rebutants par leur rapidité. Dans un registre plus sombre, l'allemand Continuous Mode (aka Andy Mellweg) a lui aussi surpris son monde, samedi au petit matin, par un set au potentiel hypnotique rare qui, sur un simple rythme très oppressant, amoncelait des piles d'échos caverneux.