Spécialiste renommée de philosophie morale et de philosophie antique, directrice de l'Ecole normale supérieure, Monique Canto-Sperber fut aussi vice-présidente du Conseil consultatif national d'éthique. C'est cette dernière fonction qui, sans doute, l'a rendue sensible aux mutations de l'éthique contemporaine, dont elle dresse une sorte de panorama dans ce petit essai, rédigé sous forme d'entretien. «Que peut l'éthique?» demande ce livre; pas grand-chose, répond la philosophe. «L'éthique permet surtout d'acquérir une conscience lucide de la présence du mal et elle donne la possibilité d'en limiter les manifestations»... On reste surpris que tant d'indiscutable intelligence aboutisse à des conclusions aussi tièdes, bien-pensantes et inoffensives, à l'image des dernières lignes du livre, qui en appellent à une vague redéfinition de la solidarité, dans un monde où réel et virtuel s'entremêlent de plus en plus. Victime de sa circonspection tout académique, l'auteur n'en dira pas plus.