Genre: histoire
Qui ? Mohammed Aïssaoui
Titre: L’Etoile jaune et le croissant
Chez qui ? NRF, 172 p.

«Qu’est-ce qui s’est passé à la mosquée de Paris pendant l’Occupation?» Posée par le cinéaste Derri Berkani, auteur du film La mosquée de Paris, une résistance oubliée, la question tient lieu de fil conducteur à l’essai de Mohammed Aïssaoui. Journaliste au Figaro littéraire , révulsé par les haines interconfessionnelles et ceux qui les entretiennent, l’auteur y raconte son enquête autour du personnage mystérieux et controversé de Si Kaddour Benghabrit, recteur de l’établissement religieux de 1926 à 1954.

Plusieurs témoignages, parfois indirects, le confirment: certains juifs français ont obtenu des certificats les donnant pour musulmans, d’autres ont pu séjourner à la mosquée, voire, mais ce n’est pas établi, se cacher dans ses souterrains et y trouver une voie pour s’échapper vers les égouts de Paris. Des passages vers le Maroc ont été facilités.

Mohammed Aïssaoui s’est donné pour tâche de préciser ces faits en recherchant des témoignages supplémentaires les concernant. Entreprise décevante – la plupart des témoins directs sont morts – mais qui met en évidence les liens noués entre certains proches de la mosquée et la Résistance. Et permet de mieux cerner le personnage principal.

Homme de culture, auteur de textes légers voire libertins, mondain, représentant du roi du Maroc à Paris, Si Kaddour Benghabrit jouit sous l’occupation d’un statut enviable. Il en profite pour intervenir en faveur des musulmans français mais aussi, semble-t-il, de quelques juifs. Il en a fréquenté, peut-être protégé, d’autres, s’attirant des reconnaissances durables. Il s’est aussi dérobé avec subtilité et obstination aux efforts des Allemands pour l’amener à inviter à Paris le grand mufti de Jérusalem, Mohammed Amin al-Husseini, ami affiché de Hitler.

A la Libération, c’est d’abord sa proximité avec l’occupant qui est mise en évidence, lui valant des accusations de collaboration. Mais il est vite mis hors de cause – signe sans doute que le dossier à décharge comportait des éléments solides dont tous ne sont pas connus aujourd’hui.

Cela suffit-il à faire de Si Kaddour Benghabrit, comme le soutient Mohammed Aïssaoui, un candidat au titre de «Juste parmi les nations»? A la fin de l’ouvrage, on peut répondre de plusieurs manières à cette question. L’auteur propose d’ailleurs d’autres noms, comme celui de Mohammed V, roi du Maroc, qui s’est efforcé de protéger autant qu’il l’a pu les juifs de son royaume, alors protectorat français. Mais plus qu’un plaidoyer, le livre se présente comme une balade funambulesque entre mémoire, témoignage et oubli à la recherche d’une amitié arabo-musulmane à reconstituer.

Si Kaddour Benghabrit, recteur de la mosquée de Paris pendant l’Occupation, peut-il prétendre au titre de Juste?