Au moment où le premier ministre de l’Etat hébreu, Benyamin Netanyahou, durcit ses attaques contre le régime de Téhéran, qu’il accuse d’avoir commandité l’attentat qui a coûté la vie à cinq touristes israéliens en Bulgarie il y a deux semaines, le disque le plus vendu dans son pays est… un recueil de chansons en langue persane. Les services secrets de Mahmoud Ahmadinejad n’y sont pour rien: c’est simplement Rita, surnommée «la Madonna israélienne», qui a voulu rendre hommage à ses racines.

Enfance. Rita Yahan Farouz est en effet née en 1962 à Téhéran, où elle a passé les huit premières années de sa vie au sein de la nombreuse communauté juive locale. La famille décide de s’installer en Israël en 1970, mais Rita n’aura jamais oublié la musique qui a bercé son enfance, et les refrains que sa mère a toujours chantés: berceuses, chants de mariage ou tubes pop de l’exubérante scène persane des années 60.

Au milieu des années 90, Rita devient la star numéro 1 en Israël, un statut qu’elle a conservé depuis. Indice de sa popularité: en 2006, son show joué un mois au Palais des expositions de Tel-Aviv rassemble 100 000 spectateurs, dans un pays de moins de 8 millions d’habitants.

Accueil enthousiaste

En 2011, Rita publie en single «Shaneh», un chant traditionnel iranien adapté à la sauce électro. L’accueil est enthousiaste en Israël, mais plus encore en Iran, où la chanson inonde, via Internet, contre vents et mollahs, les bazars.

Sans engagement politique, Rita parle de son désir de réunir les deux peuples malgré l’absence de relations diplomatiques.

En février, elle adresse à ses anciens compatriotes un message de paix à l’occasion du Norouz, le Nouvel An persan. Le régime d’Ahmadinejad, qui ne cache pas son intention de rayer de la carte l’Etat d’Israël, fulmine, et la presse officielle parle de «complot». Suite logique, un album entier de chansons persanes, All My Joys, paraît en juin. Rita y chante notamment en duo avec sa mère. En trois semaines, le CD est disque d’or.

La démarche de Rita rappelle celle d’une autre icône de la scène israélienne: Ofra Haza, chanteuse de variétés sirupeuses, enregistra en 1988, pour faire plaisir à sa mère, un disque de chansons du Yémen, terre de ses ancêtres. Un sample de la chanson «Im Nin’alu» dans deux tubes, «Pump Up the Volume», du groupe M/A/R/R/S, et «Paid in Full», d’Eric B. & Rakim, déclenche pour Yemenite Songs une distribution mondiale. La chanteuse développera ce style ethno-pop pendant une décennie, jusqu’à sa mort, en 2000, à 42 ans, des suites du sida.