Au début de l'année 2002, la section de français de l'Université de Lausanne prenait l'initiative de publier les meilleurs mémoires de licence réalisés par ses étudiants. Sous la houlette du professeur Jean Kaempfer, et grâce à un financement assuré à parts égales par les fonds de formation continue et le rectorat, le projet a vu le jour sous la forme d'une collection d'essais composés sous le patronage d'Archipel, la revue de la section. Deux premiers volumes ont paru début 2002; deux nouvelles publications, la première portant sur le poète Henri Michaux, la seconde sur Ysaïe le Triste – un roman anonyme du début du XVesiècle – viennent aujourd'hui compléter la collection.

«Un pas vers la Cité»

On aurait pu craindre que ces essais peinent à sortir du sérail universitaire, tant est forte (et légitime, par exemple dans un cadre de recherche) la tendance de l'universitaire à s'adresser de prime abord à ses pairs. Ce n'est pas le cas ici. Comme le remarque le professeur Jean-Claude Mühlethaler, préfacier de l'un des essais publiés, «il s'agissait de faire un pas vers la Cité», autrement dit d'offrir des études qui pourraient contenter, par exemple, un lectorat gymnasial. De fait, les textes présentés ici, s'ils ne se départissent pas de leur pertinence scientifique, se côtoient toutefois agréablement, débarrassés juste ce qu'il faut du jargon universitaire.

Ouvrant les feux de cette livraison d'analyse, Filippo Zanghi propose une étude de la notion d'espace dans la série de textes qu'Henri Michaux a consacrés à son expérience des drogues hallucinogènes. La démonstration de Filippo Zanghi, qui prend à bras-le-corps le texte souvent très fluctuant du poète, parvient à retracer l'importance cruciale, en termes de compréhension des liens qui se tissent entre l'écriture et les mondes intérieur et extérieur, qu'ont eue pour Michaux les quelques années qu'il a passées à naviguer entre LSD et mescaline.

L'histoire du nain Tronc

Seconde analyste, Barbara Wahlen s'est aventurée sur les terres de l'automne du Moyen Age, pour proposer une étude très pertinente du nain Tronc, l'un des personnages d'Ysaïe le Triste. Le nain, l'une des figures centrales de la littérature médiévale, se découvre dans cette œuvre tardive sous un visage que le Moyen Age ne lui avait guère connu avant. Dans les textes les plus anciens en effet, ce personnage représentait avant tout l'Autre, les puissances souterraines. Dans Ysaïe le Triste au contraire, le nain Tronc s'émancipe des puissances sombres pour endosser peu à peu le rôle du sage.

Un hérétique de l'espace: notations de l'expérience chez Henri Michaux, par Filippo Zanghi.

«Je n'en feray que che que j'en ay empensé»: Le nain Tronc dans Ysaïe le Triste,

par Barbara Wahlen.

(Les deux édités par l'Université de Lausanne.)