Les Eurockéennes de Belfort s'ouvrent ce soir avec, en invité vedette, le groupe américain Metallica. Le festival fête cette année ses dix ans et s'offre pour l'occasion une journée supplémentaire dédiée à un style de rock extrême: le metal. «Nous avons eu l'opportunité d'inviter Metallica, mais on ne pouvait pas les classer dans la programmation normale. Nous avons donc rallongé le festival d'une journée», explique Cathy Serra, membre du collège artistique qui participe à l'élaboration du programme.

De jeudi à dimanche, plus de 80 000 personnes sont attendues sur la bucolique presqu'île de Malsaucy où s'est installée la caravane du festival. A une demi-heure de Porrentruy, les Eurockéennes attirent de plus en plus de Suisses, séduits par une programmation inexistante ici. Traditionnellement voué au rock, le moins français des festivals français invitait lors des éditions précédentes deux ou trois groupes de metal, généralement pour la soirée du vendredi. S'inspirant de ses équivalents européens (Roskilde, Dour, Dynamo) qui font une large place au genre, Belfort se met ainsi à l'écoute du public.

La scène metal connaît actuellement un renouveau salutaire. De jeunes groupes fleurissent dans tous les pays. D'autres, issus du heavy metal des années 80, ont coupé leurs cheveux et abandonné le trash pour se mettre au goût du jour. Finis les solos de guitares et les voix criardes, l'heure est à la lourdeur et à la puissance. Le son privilégie désormais les basses et recourt parfois à l'électronique. Ainsi, Fear Factory, Slayer, ou Metallica, la tête d'affiche de ces Eurockéennes, ont opéré avec succès leur métamorphose.

Metallica, c'est avant tout le rêve de Lars Ulrich. Ce Danois, immigré en Californie en 1980, a remué ciel et terre pour concrétiser son projet: former un groupe de heavy metal. Recrutement des musiciens, gestion du fan-club, des objets de merchandising ou des relations publiques, Ulrich a tout contrôlé. Mais en tant que batteur, il a perdu peu à peu de son assise face au chanteur, James Hetfield, premier à s'être embarqué dans l'aventure. Kill'em all, premier album sorti en 83, était résolument trash, mais dès le deuxième, Metallica a versé dans un style plus rock donc plus accessible. Une conversion qui prit toute son ampleur sur Load (1996), puis Reload (1997) et le tube The Memory remains.

Parmi les autres artistes mis en valeur sur l'affiche de Belfort, on trouve les Américains déjantés de Monster Magnet. Cofondateur du mouvement «stoner rock», le groupe n'a connu le succès que tardivement, avec son dernier album Powertrip, sorti l'année dernière. Il s'est créé une image jouant sur le kitsch des shows de Las Vegas: couleurs psychédéliques, filles en bikini et grosses cylindrées, sur fond de rideau de feu ou de dollars qui volent.

Pour une fois, la Suisse n'a pas été exclue de la fête: espoir de la scène indépendante nationale, Shovel jouera dans la cour des grands ce jeudi soir. Fans de Helmet, les cinq Romands n'ont pas arrêté de tourner depuis la sortie de leur disque en janvier. Baptisé 60° latitude below, ce premier album a reçu un accueil dithyrambique dans la presse rock française. Le mensuel Rock Sound l'a même consacré disque du mois.

La grand-messe

du révérend Manson

Autre moment fort du festival: la venue très attendue de Marilyn Manson vendredi soir. Déjà programmé l'an dernier, le très contesté groupe américain s'était désisté à la toute dernière minute, laissant au bord de la crise de nerfs des dizaines de fans venus avec leur déguisement. Après la polémique du massacre des lycéens de Littleton, on pouvait s'attendre à des manifestations anti-Marilyn Manson. «Ni les autorités ni les habitants de la région ne se sont opposés à ce concert, rassure Cathy Serra. On s'attendait au moins à quelques courriers. En fait, il n'y a pas eu de réactions violentes en France, comme il y en a eu aux Etats-Unis ou en Australie, où des concerts ont été interdits.»

Dans cette apparente harmonie de style se cachent quelques outsiders: Faithless, par exemple, fera vibrer le Chapiteau aux rythmes de la dance; Cheb Mami apportera le soleil du raï, après le nuage de fumée qui ne manquera pas de se former au-dessus de Malsaucy lors du concert reggae de Pierpoljak.

Face à une programmation somme toute assez variée, cette soirée inaugurale monothématique va donc à l'encontre des règles commerciales. «L'expérience ne sera pas forcément reconduite, avoue Cathy Serra, mais l'édition de l'année prochaine, an 2000 oblige, sera de toute manière spéciale.»