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© Ataraxie/Wikicommons CC

Livres

Leurs majestés les mouches

Vincent Almendros signe un subtil roman à l’humour noir, sur une réunion de famille et une disparition

Laurent, un «homme sans histoire», se rend à «Saint-Fourneau, un trou perdu», revoir sa famille à l’occasion du mariage de sa cousine. Mais il faut se méfier de ce que dit Laurent, car il a, en réalité, bien des histoires à cacher.

Faire mouche est un court roman savoureux pour ses portraits, l’atmosphère d’un hameau familial, glauque à souhait, et pour l’écriture de Vincent Almendros, né en 1978 à Avignon, qui signe ici son troisième roman chez Minuit. L’auteur parvient à rendre tangibles les personnages, leur épaisseur physique et leurs gestes. Ainsi l’oncle Roland, taciturne, décati et malade, passant ses journées en survêtement de sport, allumant cigarette sur cigarette, les mains tremblantes, ressemblant «à un vieil entraîneur de foot à la retraite». Ou encore cet épagneul péclotant, aux aboiements plaintifs, retenu par une chaîne dans une cour. Le village entier macère dans des non-dits et les secrets, les relents âpres de soupe aux choux et le fumet de langue de bœuf. Même les jeunes mariés, prématurément vieillis, semblent déjà résolus à accepter leur sort: attendre, attendre la fin d’une existence morose, sans échappée. Mais ce n’est pas si simple, et il faut se méfier de Vincent Almendros. Son personnage, Laurent, est venu au mariage de sa cousine accompagné de celle qu’on imagine être sa femme, Constance. Sauf que Constance a disparu, et c’est une amie, Claire, qui a accepté de prendre sa place.

Tension inconfortable

L’air de rien, le texte instille une tension inconfortable. Il est saturé de sous-entendus dès l’exergue, tiré des Mouches, de Jean-Paul Sartre: «Il y a des souvenirs qu’on ne partage pas.» Ces mêmes insectes, le lecteur les retrouvera en pleine forêt, sur une charogne (à moins qu’il ne s’agisse d’une illusion) et jusqu’au titre du livre. Sans parler des moucherons voletant au-dessus d’une coupe de fruits pourris. Tous ces détails sont amenés avec un humour noir ravageur (même la photographie d’un nouveau-né, «du duvet sur le crâne et de grosses joues molles, côtoie, sur un buffet, une urne funéraire laquée de noir»). Et le roman de bruisser de ce bourdonnement morbide et glaçant, avant que le lecteur ne se rende compte qu’il a été, lui aussi, pris au piège, comme une mouche engluée sur un piège en tortillon, cloué à la poutre du salon familial. Jouissif et retors.


Vincent Almendros, «Faire Mouche», Minuit, 127 p.

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