Lewis Baltz, mort d’un photographe de la marge

Images L’Américain était le maîtredes paysages urbains sans perspective

Minimaliste, a-esthétique, précis et fermé. Le style de Lewis Baltz n’appelle certainement pas les mêmes mots que celui d’un Kertesz ou d’un Cartier-Bresson. Comme eux pourtant, le photographe compte parmi les figures qui ont inspiré des talents. Il s’est éteint samedi à Paris à l’âge de 69 ans, malade d’un cancer.

Lui s’était jeté dans la photographie à 12 ans après avoir perdu son père et découvert le travail de Robert Frank et Edward Weston, toute cette chair qui n’existera jamais dans ses images. Pionnier des paysages américains, Baltz s’est consacré à témoigner de la laideur des nouvelles zones urbaines, du grignotage de la nature par l’homme et de la surveillance des citoyens. Dans un entretien accordé au journal Le Monde en marge d’une exposition au BAL l’été dernier, il explique: «J’ai grandi dans une ville portuaire d’une laideur atroce, où tout était de mauvaise qualité, hideux, pas cher… J’ai voulu tendre un miroir.» Le bled, c’est Newport Beach, au sud de la Californie.

Enquête photographique

En 1971, tout juste diplômé de l’Institut des beaux-arts de San Francisco, il expose pour la première fois ses images froides et géométriques. Des murs de ciment, des fenêtres closes et des portes de garage sur lesquels vient buter le regard. Point d’horizon ni d’échappatoire chez Lewis Baltz, une architecture sans âme et dépeuplée. En 1975, il participe au côté de Stephen Shore ou Nicholas Nixon à l’exposition «New Topographics: Photo­graphs of a Man-Altered Landscape» à Rochester, qui fera date dans l’histoire de la photographie. Est-ce cela? La mission photographique de la Datar – l’aménagement du territoire français –, référence dans les enquêtes photographiques, le mandate dix ans plus tard pour apposer son objectif dans les rues de Fos-sur-Mer. Baltz, désormais installé en Europe, considère la photographie comme une chambre d’enregistrement et (re) passe alors à la couleur, évidemment plus réaliste. Comme pour mieux démontrer et se démarquer d’une démarche plasticienne, l’homme a l’obsession de la série. Ses cadrages serrés, dans le même temps, semblent dire que toute photographie n’est qu’un fragment du monde.

Vidéosurveillance

Si l’adolescent s’était juré de devenir un artiste «chez qui de belles femmes sonneraient à toute heure du jour et de la nuit», Baltz adulte utilise les images des autres pour composer une œuvre dont le message prime. ­Effrayé par la surveillance étatique et économique, il glane les vues de webcams et compose une frise oppressante, présentée en 1992 sous le titre de Ronde de nuit. Sa dernière exposition, l’été ­dernier au BAL, à Paris, tissait des liens entre le cinéma et la pho­-­to­graphie, confrontant ses ­diverses séries à La 5e colonne ­d’Alfred Hitch­cock, au Désert Rouge de Michel­angelo Antonioni ou aux Carabiniers de Jean-Luc ­Godard.