Musique

L’expérience John Adams a embrasé Genève

Lors du concert d’ouverture du festival de la Bâtie, le Victoria Hall, bondé et surchauffé, a fait la fête au compositeur américain. Un concert marquant

Musiciens sujets à la tendinite et auditeurs sensibles aux mouvements obsessionnels, prudence. Quand John Adams empoigne Shaker Loops, les repères tanguent. Comme le corps souple et ondulant du compositeur dirigeant l’OSR d’un geste net et sûr. La plongée d’une demie-heure dans l’oeuvre de 1978 a parfaitement rempli son rôle lors du concert d’ouverture du festival de la Bâtie, vendredi soir au Victoria Hall. La pièce pour cordes a hypnotisé le public, après le fameux et bref Short ride a fast machine, qui sollicite brillamment les vents dans une acoustique trop résonnante.

Un océan sonore

Menée sur la crête de vagues sonores construites goutte à goutte, et déroulées dans un flux ininterrompu jusqu’à des cataractes grondantes, Shaker Loops entraîne orchestre et salle dans un océan sonore. Avec cette composition, John Adams a livré la face originelle du portrait qu’il est venu proposer pour sa première apparition à Genève. La présentation des origines de son monde.

Avant ces premières racines minimalistes bruissantes, le chef-compositeur a habilement entamé la soirée par l’éclatant Short ride in a fast machine, composé en 1986. Cette courte course où le mouvement tournoie et file à la fois, rend hommage à l’ivresse de la vitesse mécanique dans une formidable variation d’allures. L’OSR s’est donné sans compter au jeu de ce road trip haletant.

Une partition vertigineuse

Enfin, pour illustrer son actualité, John Adams a amené Scheherazade.2 en création suisse. Née en 2015, cette «deuxième version» d’un des mythes de la culture persane évolue entre le concerto et la symphonie pour l’aspect orchestral, l’opéra pour le versant théâtral et le jazz pour la part mélodique. Les influences (Stravinski, Berg, Beethoven, Berlioz, Debussy ou Coltrane se croisent parfois sur un terrain foisonnant) ne s’imposent jamais. Elles s’invitent. Et la puissance du langage, aussi organique qu’organisé, construit un grand ouvrage, tendu sur une arche monumentale. La violoniste canadienne Leila Josefowicz, dédicataire de cet intense hommage aux femmes violentées, assimile de son côté chaque soupir de la vertigineuse partition.

De l’élégie au combat, de la rage au rêve, la soliste incarne définitivement cette Scheherazade des temps modernes voulue par John Adams. Avec son sarouel noir, ses cheveux courts et  son énergie du diable, on imagine mal que Leila Josefowivz puisse laisser l’archet à d’autres interprètes dans cette pièce faite pour elle, et portée à l’incandescence par son instrument scintillant et ambré.

Lire aussi: John Adams, la musique en boucle

Publicité