Une vieille lampe de poche vert militaire, avec son capuchon de métal sur l'ampoule. C'est ce que reçoivent les visiteurs à l'entrée du pavillon suisse à l'Expo universelle d'Aichi, qui ouvrira ses portes vendredi prochain. Une lampe de poche améliorée, tout de même: durant la visite, elle sert de radio portative dès que l'on pointe son faisceau sur une zone appropriée. Gadget amusant pour un autoportrait très helvétique.

«La Suisse a été le troisième pays européen à s'inscrire à l'Expo», se réjouit Manuel Salchli, responsable du pavillon, devant quelques journalistes japonais. Elle mise gros sur Aichi ainsi que les programmes parallèles. Le pavillon a coûté 15 millions de francs, et les agences concernées – Présence Suisse, Pro Helvetia, les promoteurs de la place économique – comptent bien profiter du tremplin de l'Expo pour polir encore l'image d'une Suisse plutôt bien cotée au Japon.

Le pavillon helvétique peut sembler mal placé. Sur le plan, en tout cas: dans l'immense site de l'Expo, il est relégué tout au sud, loin d'une entrée. En fait, l'emplacement devrait le servir. Cette zone est le réceptacle des visiteurs arrivant par la télécabine qui traverse l'Expo – un moyen de transport à l'imagerie bien helvétique. Surtout, le pavillon est à une encablure de l'Expo Dôme, où se dérouleront la plupart des grandes manifestations de cette vaste fête internationale, ouverte jusqu'au 25 septembre. En arrivant dans cette zone, les Japonais curieux seront vite frappés par le pavillon suisse, qui arbore un immense idéogramme, «yama», la montagne. C'est le thème de l'attraction, celui de l'Expo en général étant «La sagesse de la nature».

En entrant, passé l'étape de la remise de la lampe de poche, les visiteurs découvrent une vaste halle à l'éclairage cru et, sur presque tout l'espace, une montagne de synthèse, toute en arêtes colorées et en pierres factices. Dans son ventre, un sas où résonnent des basses imposantes, puis l'exposition proprement dite. La caverne est assez sombre, et derrière une vitrine de plastique, des objets sont disposés de manière à dérouler le scénario de l'exposition: les mythes suisses, les visions, les risques et la prévention, la science. La vieille lampe de poche-radio permet d'obtenir des commentaires didactiques.

A l'entrée, un tableau de Hans Erni amène ainsi à la Suisse de 1939: «Les montagnes restent immuables, mais le pays a bougé». Et l'exposition veut le prouver: Bertrand Piccard, Claude Nicollier, Alinghi, les travaux de l'EPFZ sur la reconstruction des Bouddhas de Bamiyan, les machines perçant le Gothard ou des recherches sur la motricité et la paralysie sont évoqués pour illustrer le «dynamisme du pays, qui est notre leitmotiv», indique Juri Steiner, concepteur de l'exposition au sein du groupe Panorama 2000, de Bâle. Dans ce désordre organisé, quelques allusions sont glissées par des objets ou des écrans vidéo, le film nominé aux Oscars Voyage vers l'espoir, le plus grand cristal découvert dans les Alpes, le passeport suisse d'Albert Einstein ou l'ordinateur sur lequel Tim Berner-Lee a conçu le Web, au CERN.

A la sortie du cœur de la montagne, les visiteurs découvrent une projection circulaire du Cervin retravaillée par des étudiants en architecture, puis, à l'étage, ils se retrouvent dans une petite vallée alpestre au milieu des sommets. Au fond, une sorte de Cervin. Conçu par ordinateur mais réalisé entièrement de manière manuelle, ce paysage presque abstrait constitue «une manière moderne d'honorer les Alpes, c'est la vue synthétique, dont la technique emprunte aux jeux vidéo, d'une montagne idéale», explique Juri Steiner. A la sortie, comme dans tous les pavillons, restaurant – raclette, bratwurst, polenta, en plats selon l'usage nippon – et un magasin, de Kambly à Ricola.

Le propos peut plaire aux Japonais, qui constitueront tout de même le gros des visiteurs de l'Expo d'Aichi. Mais en mêlant ainsi art moderne – dans la conception de l'exposition intérieure – et stylisation de la nature, les créateurs du pavillon prennent un risque. Que cette manipulation soit rejetée par les curieux, ou que le message d'une «Suisse innovante» ne soit pas capté. Les premiers signaux ont pourtant été positifs: il y a une semaine, la TV nationale NHK a classé les Suisses troisièmes en termes de pavillons nationaux, après les Etats-Unis et la Corée du Sud.

Lors de cette première journée de l'Expo pour les médias, vendredi, une équipe de TV japonaise multipliait les plans, d'un saint-bernard et d'un robot zurichois. Une journaliste du Nihon Kenzai Shimbun a adoré le jeu des lampes de poche-radio, «une idée simple, qui amuse tout de suite. L'exposition, elle, exige un certain temps pour être assimilée», juge-t-elle. Une autre visiteuse japonaise détaille son impression: «Les Japonais ont une excellente image de la Suisse, basée surtout sur la nature pure et intacte. Ils seront troublés, certains même dérangés, par cette manière de la présenter. C'est un mélange très sophistiqué d'art et d'information sur le pays. On peut imaginer que les jeunes apprécieront le design, les plus âgés chercheront les informations. Le propos est complexe, mais le balcon, sur la montagne, et la vue depuis le restaurant devraient séduire. Il faudra comparer avec les autres pavillons.»

Car pour les visiteurs de telles expositions, les pavillons se suivent dans un flux continu. Dans les environs immédiats, les démarches brillent par leur diversité. Les pays scandinaves séduiront sans doute par un pavillon fraîchement boisé et qui propose, en fin de parcours, de faire son origami personnel en forme de bateau pour le lâcher sur un petit étang intérieur. Les Pays-Bas offrent un film projeté au sol, bien fait mais très promotionnel. Voisine de la Suisse, l'Autriche mise sur Mozart dans un pavillon en forme d'amphithéâtre où seront donnés des concerts – sur une scène fabriquée en Suisse, au demeurant. Avantage indéniable: les randonneurs de l'Expo pourront s'y asseoir, et une piste de luge sur bois amusera les enfants.

La Roumanie joue un registre classique, musique populaire et traditionnelle, tandis que l'Irlande surprend. Alors que le badaud européen l'attendrait sur le terrain des technologies, elle propose une balade au pays des croix celtiques. Plus loin, la France propose son autoportrait censé suivre le mot d'ordre de l'Expo, empilement d'exemples assez confus qui vont de Louis Vuitton à l'usine Toyota à Valenciennes.

Dans ce paysage, le pavillon suisse se range sans conteste du côté des audacieux. Sans excès. Il ne jette pas de poudre aux yeux, il joue sur les détails et les petites choses qu'on saisit au vol lors de la promenade, il est plutôt appliqué et cérébral même s'il veut ressembler à un bazar: il est suisse, en somme.

Pour en savoir plus: Exposition internationale de 2005, Aichi, Japon. Du 25 mars au 25 septembre. Rens.: http://www-1.expo2005.or.jp/fr et http://www.presence.ch