Il a un désir d'Amérique. Songe à une longue traversée d'Atlantique en paquebot. Avant une tournée en forme de chevauchée fantastique. Voire de western fantasmagorique. François Vé, dans la vie comme dans ses chansons, rêve souvent mezza voce. Et insuffle volontiers son caractère lunaire dans ses disques comme sur scène. Ce vendredi soir à Renens, le Lausannois prendra des airs de cow-boy romantique pour décharger ses cargaisons d'exquises fragilités.

C'est que le chanteur s'est inventé un double. Comme Gainsbourg, Bowie, Matthieu Chedid et tant d'autres, il a donné naissance à un personnage, Frankee. Histoire de muscler ses nouvelles aventures bucoliques, de revêtir aussi une carapace contre la trouille qui l'habite toujours. En quête d'équilibres entre textes et musiques, de contrepoints, il a choisi quelques artifices électriques pour innerver des compositions autrefois sagement acoustiques et volontiers lyriques. Afin surtout d'enflammer son tempérament d'eau douce.

Après avoir défriché la verdure luxuriante de sa Saison des trèfles née en 2004, récompensée en France par un Coup de cœur Charles Cros, il est revenu fin 2007 avec Le Jardin de Frankee. Un album, où tendresse et vulnérabilité humaines, musardent encore ensemble au gré d'insouciantes ou claudicantes mélodies. François Vé continue de les défendre en concert même si cet introverti «en quête de beau mais aussi d'une manière d'être plus cru et d'une patte sonore propre» avoue avoir déjà la tête ailleurs.

En attendant, son écriture, qui joue mieux et davantage sur les sensations et les émotions, sait encore enchanter le minuscule, les infimes détails qui font sens. Et l'omniprésence des souvenirs liés à l'enfance dans cette accorte mélancolie au parfum sixties, ère Gainsbourg, se goûte comme un beau plaisir défendu.

En concert à Renens. Salle de spectacles, ve 3 oct., 20h30. Rens. http://www.renens.ch