Cinéma

Leyla Hussein: «Hier, j’ai reçu une menace de mort»

Née en Somalie, cette psychothérapeute et activiste sociale vit en Angleterre. Elle a fondé le mouvement Daughters of Eve et combat les mutilations génitales

Le Temps: Vous dites «agression sexuelle contre un enfant» plutôt que «mutilations génitales féminines». Le choix des mots est-il important dans votre combat?

Leyla Hussein: Absolument. Cela fait quatorze ans que nous nous battons contre les mutilations génitales féminines. Nous n’utilisions pas le langage juste. Il y a quelques années, un officier de police m’a dit: «Désolé Miss Hussein, mais si je vois un enfant subir ce que vous décrivez, je n’écrirai pas «mutilations génitales féminines» dans mon rapport, mais «grave agression contre un enfant». Le langage est une clé essentielle.

Dans «#Female Pleasure», vous faites une démonstration d’excision sur un vagin géant en pâte à modeler devant quelques gaillards qui n’en mènent pas large…

L’un d’entre eux s’est presque évanoui… Quand on travaille avec des hommes, il faut être très visuel, très direct, sinon ils ont tendance à dire: «Oh, ces histoires de bonnes femmes, c’est pas si terrible.» Il fallait leur montrer exactement ce qui se passe. Mes gestes leur ont remis en mémoire leur circoncision. L’un d’entre eux m’a dit que ces mutilations ne seront pas imposées à ses enfants. L’art visuel est une part importante de mon travail.

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Il y a dans le film un moment où vous, la femme forte, craquez, submergée par toute la souffrance que vous prenez sur vous…

Oui, c’était un jour difficile, parce qu’une petite fille était morte. Parfois je n’en peux plus d’expliquer aux gens, cela m’épuise. Les organisations comme les Nations unies ne font pas leur job pour protéger les filles. Elles avancent sur la pointe des pieds. On me dit de ne pas parler de «maltraitance à enfant», sinon la communauté ne voudra pas travailler avec nous. Je réponds: «Allez vous faire foutre!» S’il s’agit de protéger un enfant, il ne faut pas craindre d’énerver les gens…

Vous dites que si l’on coupait la moitié du pénis des hommes il n’y aurait pas de guerre en Irak. Sans aller jusque-là, pensez-vous qu’un monde de gouvernance féminine serait plus équitable?

Tout ce que je veux sur cette terre c’est qu’on puisse être soi-même et égaux. Beaucoup de gens me disent: «Oh! ça doit être chouette d’avoir une femme pour premier ministre…» Pas vraiment. Mon rêve est de vivre dans un monde où le genre et la race ne seraient plus des problèmes. Dans lequel les femmes ne seraient plus brutalisées, tuées, violées, menacées. Hier j’ai reçu une menace de mort: «Je vais t’exploser la tête, petite fille.» «Little girl», pas femme, «girl», très rabaissant. Voilà, c’est l’espace dans lequel nous vivons encore. Si les femmes dirigeaient le monde, je ne sais pas si tout irait bien. Cela dépendrait de quelles femmes. Je vous rappelle que ce sont des femmes qui m’ont mutilée. Alors je ne fais pas tout le temps confiance aux femmes…

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