On ne pourra plus regarder l'Eurovision comme avant. C'est fini. On pensait jusque-là avoir toujours avoir affaire à un bête télé-crochet qui revenait chaque année remplir un samedi soir télévisuellement mort. Eh bien non. Même l'Eurovision se complique. Pour suivre, il faudra désormais tenir sur les genoux un atlas géopolitique, géostratégique, géohistorique, enfin géo en tous les cas. Tout ça parce que cette année, c'est la chanteuse serbe Marija Serifovic qui a gagné samedi soir à Helsinki devant 120 millions de téléspectateurs et qu'en analysant la provenance des votes, comme l'a fait Jean-Marc Richard pour la TSR, on ne pouvait que constater une nette solidarité entre Européens de l'Est. Appelons ça le syndrome moldave.

Sur les 24 pays finalistes, 15 étaient issus de l'ex-Union soviétique ou de l'ex-Yougoslavie. Et parmi les quinze premiers du palmarès, seules la Grèce et la Turquie ne faisaient pas partie du club. Recalés en fin de peloton, les pays de l'Atlantique nord, comme figés par une glaciation de guerre froide. Et ce malgré la qualification automatique de l'Allemagne, de l'Espagne, du Royaume-Uni et de la France, selon une règle étrange de l'Union européenne de radiotélévision, instance organisatrice de l'événement (basée à Genève faut-il le rappeler).

En fait, on s'en souvient, c'est DJ Bobo, représentant de la Suisse, qui a allumé méchamment la mèche jeudi dernier, après s'être fait éliminer de la demi-finale. Que sa chanson «Vampires are alive» se fasse ainsi sortir, lui qui écoule des millions de disques de par le monde, ne pouvait s'expliquer que par... le syndrome moldave.

Mais analysons, en profondeur, la provenance des votes pour DJ Bobo. C'est l'île de Malte qui lui a accordé jeudi le plus grand nombre de points. Fichtre, tout se complique encore. Il faudrait aller faire un reportage sur les votants maltais de DJ Bobo. D'autant que qui dit Malte pense à Sarkozy. Et qui dit Sarkozy pense à Johnny, Gstaad, tout ça. L'Eurovision ne sera jamais plus la même.